Bonnefoy : comment on a perturbé la réunion publique de la mairie de quartier

Le 12 décembre, les habitant.es de Bonnefoy étaient invité.es à discuter de l’aménagement de leur quartier. Au programme : « quartier surveillé, le dispositif de participation citoyenne » et point TESO (Toulouse Euro Sud Ouest). On pouvait pas ne pas en être !

Arrivé.es au premier étage du centre culturel Bonnefoy, l’ambiance est étouffante. La salle est pleine à craquer, les gueules sont patibulaires et la moyenne d’âge atteint les 70 ans. Seul.es une dizaine de jeunes sont présent.es : c’est nous. Dispatché.es un peu partout dans la salle, on va s’appliquer à perturber cette association de malfaiteurs.

Tout le gratin est présent : la maire de quartier Hélène Costes-Dandurand, le directeur de la police municipale Jacques Andral, la cheffe du commissariat de Jolimont Major Bouillon (ça ne s’invente pas), deux urbanistes de l’enfer ainsi que divers sous-fifres.

L’ambiance est lourdingue, on est dans nos petits souliers. La maire de quartier commencer à dérouler son monologue et nous on se regarde, on se cherche et on hésite. Mais soudain, la voilà qui nous tend une perche plus longue que la future Tour Matabiau : elle affiche au rétroprojecteur une photo d’elle en compagnie du maire et déclare fièrement ; « Me voila en compagnie de Jean-Luc Moudenc ». Sans avoir besoin de se concerter, on lance une salve d’applaudissements, accompagnés de petits cris d’admiration. Quelques bourgeois.es rentrent dans le panneau et applaudissent avec nous.

La maire présente alors la nouvelle application Allô Toulouse. Elle permet à ses utilisateur.ices de signaler un tag, un dépôt sauvage, une incivilité... le tout avec un système de géolocalisation bien huilé. Un.e d’entre nous lève la main : « Pourra-t-on aussi signaler les personnes de couleur ? » Fortes réprobations dans la salle... On dirait que les soixant.es Blanc.hes présent.es ont les oreilles trop fragiles pour entendre certaines vérités. Un.e camarade simule : « On peut pas laisser dire ça ! C’est du racisme ! » L’autre répond, en haussant le ton ; « Et la liberté d’expression alors ? La démocratie ?! »

On n’arrive pas à retenir des fous rires, l’assistance n’est donc pas dupe de notre petit manège. La maire, qui est d’un fachisme remarquable, menace très vite de nous faire évacuer.

« Le tabac tue ! »

C’est au tour de la légendaire Major Bouillon, envoyée spéciale du commissariat de Jolimont, de prendre la parole. Pas commode, elle nous envoie son powerpoint dans la gueule tel un coup de trique ! Ca n’échappe pas à un improbable petit vieux qui se met à parler en même temps qu’elle avec un accent hors d’âge : « Elle va nous faire chanter la Marseillaise celle-là non ? » On est mort.es de rire.

On se fait traiter de tous les noms de manière continue. Les gens nous glissent à l’oreille des « bobos ! » et autres insultes bizarres. Les prises de parole sont super trash : une dame raconte qu’elle assiste tous les jours à un trafic sous ses fenêtres, conduit par des personnes qu’elle retrouve quotidiennement au feu rouge en train de faire la manche. Sur le ton de la confidence, elle croit bon de préciser que ce sont des rroms.

Les citoyennistes, avec nous !

Politiquement, un moment assez intéressant nous est offert par les questions / réponses sur le thème de le la mobilité. Alors que la mairie présente sans ciller son programme en trois axes (bagnoles, bagnoles, et encore bagnoles) plusieurs riverain.nes se plaignent de la dangerosité du quartier pour les cyclistes. Le faschisme de la maire atteint là son apogée. Alors qu’un citoyen modèle s’exprime à ce sujet (il est président d’une asso de quartier et a envoyé plusieurs lettres pour déplorer l’absence de piste cyclable sur la rue du Faubourg Bonnefoy), elle lui coupe la parole et l’empêche d’aller au bout de sa question. On gueule « laissez-le parler ! » Gonflé par nos encouragements, le président d’asso continue sa question : il donne rendez-vous à la maire pour lui démontrer que contrairement à ce qu’elle affirme, il n’y a aucune piste cyclable dans cette rue. L’un.e d’entre nous s’écrie alors : « Il va falloir l’évacuer celui-ci ! »... Ce à quoi la maire lui répond, contre toute attente : « J’en ai bien peur !  » 

Entre temps, des policiers municipaux ainsi que des flics en civil (baqueux ?) ont pris place tout autour de nous. L’ambiance était déjà pourrie, là ça devient franchement craignos. Des municipaux viennent nous voir à plusieurs reprises individuellement pour nous conseiller de nous taire. Un facho en profite pour subtiliser l’enregistreur de l’un.e d’entre nous. (Sache qu’un deuxième était en train d’enregistrer. Et qu’un jour on te pendra avec les tripes du dernier maire de quartier, bâtard).

Alors qu’une personne dont je ne sais plus si elle appartenait à notre groupe fait remarquer judicieusement que la mairie s’en fout des cyclistes puisqu’ils votent à gauche, la voisine de l’un d’entre nous s’exclame : « C’est n’importe quoi ! Moi je fais du vélo, et je vote à droite ! » Trop tentant, quelqu’un lui répond : « Vous êtes plutôt François Fillon ou Alain Juppé ? Et c’est là que tout bascule. Juste après avoir répondu fièrement « Le Pen ! » et, plus bizarrement «  Trump ! Trump ! Trump ! », le mari se met à le frapper.

Les flics se précipitent et, alors même qu’il était resté assis sans riposter, extraient le camarade en laissant le facho OKLM. Ils l’escortent de force vers la sortie, pendant qu’un mec de la mairie lui tord le bras en le menaçant entre ses dents serrées : « Viens dehors que je te montre c’que c’est la démocratie ! »

Nous volà tou.tes dehors, mais on a échappé au contrôle d’identité.

Voisin.e vigilant.e : un jour t’y laisseras tes dents !

La mairie est en train de mettre en place un véritable réseau de poukaves bénévoles, et il faut croire qu’il y a un sacré paquet de volontaires sur le coup ! La délation, qui avait mauvaise presse depuis la Seconde Guerre mondiale, est en train de retrouver ses lettres de noblesse.

Les conséquences sont potentiellement désastreuses. On commençait tout juste à s’habituer au fait d’être filmé.es en permanence, et à adapter nos comportements en conséquence. A ce processus d’auto-flicage se rajoutera dorénavant la peur que derrière chaque voisin.e relou se cache un.e voisin.e vigilant.e en lien direct avec la police municipale.

En attendant, sabotons toutes leurs réunions publiques, infiltrons chacune de leurs réunions puantes et mettons-y le zbeul !

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