Récit de la marche de nuit féministe et non-mixte du 25 novembre

Le 25 novembre était la journée mondiale contre les violences sexistes. A cette occasion, nous nous étions donné.es rendez-vous à François Verdier pour une manif non-mixte. Récit.

  • « Fièr.e.s, vénèr.e.s, pas prêt.e.s à se taire ! »

Ce n’était pas une manif comme les autres, non. Nous avions faim, faim d’avoir tant attendu, après des semaines d’insupportables discussions autour de la non-mixité, à devoir une fois encore servir de mouchoir à l’ego malmené de nos privilégiés. Les nerfs tendus d’avoir dû encore taire la violence de notre réalité quotidienne faite d’interpellations, de remontrances paternalistes, d’agressions, de victimisation, d’attouchements, d’avoir eu à écouter les gémissements de ces pauvres garçonnets privés d’une manifestation à laquelle il n’auraient, sinon, ni prêté attention ni salué l’initiative. Pourtant quel intérêt dès qu’il s’est agit de les en priver ! Pas une question, pas un brin de tentative de compréhension, bref face à un terme qui ne leur convient pas, c’est avec leur termes qu’ils exigent d’entamer une discussion biaisée : la non-mixité devient ségrégation, la réalité de notre oppression devient le heurt de leur privilège, et la justification doit se jouer sur le second terrain, celui qui exige que l’écoute une fois encore se tourne vers ceux qui nous assignent à ce rôle depuis des millénaires.

  • « Résiste, résiste, résistrans ! »

Alors enfin, enfin cette non-mixité, ces retrouvailles hors de toute justification, cette présence complice loin de tout devoir d’explication. Plus seul.e.s face à la grisaille des violences du quotidien, mais bien quatre cents, armé.e.s de pancartes, de banderoles, de paillettes, et de joie. Réuni.e.s pour s’arracher de cette condition qui nous est faite, nous avions aussi à déborder la négativité de l’oppression, nous avions à construire la réalité de nos exigences. Alors, parmi les slogans, il y avait un infokiosque, des sandwichs vegans. Mais surtout les interventions de personnes trans, de personnes racisé.e.s, des chants, du rap. Enfin nous pouvions nous dresser en dedans pour écouter celleux qui avaient à crier leur colère, leur rage, avec leurs propres mots, leur propre voix. Et face à cette écoute là, active, sincère, émue, tous les torchons du monde, en taisant la chaleur des réactions, l’émotion de ce partage, prouvent une fois encore la sécheresse de leur attention.

  • « Qui va faire la vaisselle, nous on fait la révolution ! »

C’est qu’il fallait être bien éteinte en dedans pour ne pas s’être laissée embraser, à grand renfort de batuk’, par l’atmosphère électrique. Loin de tous les attributs fictifs et consuméristes qui jalonnent notre époque en mal d’ambiances, nous sommes revenu.e.s à l’essentiel : être ensemble, s’abreuver de notre présence mutuelle, et gueuler ensemble ces slogans qui nous rendaient chaque fois plus fort.e.s, plus fermes, plus déterminé.e.s. Sur notre passage, les portes et les fenêtres s’ouvraient : d’abord étonné.e.s par un tel chahut, c’est bien vite que certain.es nous ont applaudi.e.s, ont repris en coeur les mots de notre colère. Mieux, emportées, sans prince ni cheval blanc, certaines ont délaissé le foyer pour nous rejoindre !

  • « Pas de machos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les machos »

Et tandis que nous dansions, rions, chantions, la température imperceptiblement montait, le pas s’est fait sûr et la démarche rapide. Si bien qu’au second arrêt, chacune trépignait d’avoir à rester statique. Il était temps de débouler sur les boulevards. Tandis que nous arrivions tou.te.s sur Jean Jau, un flic perché sur sa grosse moto nous barra la route, seul, un sourire narquois sur le coin des lèvres, apparement fier d’imposer les effluves puantes de sa testostérone en mal d’action, bref, l’incarnation du machiste débile de base. Face à la bassesse de cette violence symbolique, c’est à plusieurs, fermes et déterminé.e.s, que nous nous sommes mis.e.s à l’entourer, gueuler de plus en plus fort, tout.e.s prêtes à l’étouffer, avant qu’un congénère excédé par sa connerie vienne lui attraper l’épaule et le sommer de dégager. Dans sa piteuse fuite, la queue entre ses pattes de chien, poussant difficilement son joujou devenu le symbole de son impuissance, bousculade oblige.

  • « Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes et radicales et en colère ! »

Toutes arrivées à Jean Jau, les voix déjà appelaient à continuer la manif, avant que les flics ne nous nassent. Il restait des interventions, une performance, mais qui, qui peut bien contenir une foule survoltée à qui l’on a refusé par deux fois le centre ville, que la préfecture à voulu misérablement cacher de François Verdier au Grand Rond pour notre « sécurité » ? Notre oppression est systémique, notre sécurité, c’est notre capacité à nous relever, à nous organiser ensemble, à dénoncer et agir contre le quotidien. Alors fort.e.s, complices, solidaires, enragé.e.s, c’est le grand départ !

  • « Masturbation, autogestion ! »

On attaque par le boulevard, c’est la course, les tronches hébétées dans les voitures se demandent d’où peut bien sortir cette razzia en colère. De ces rues, si calmes et si paisibles qui tâchent chaque jour de convaincre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, de ces rues dans lesquelles nous sommes des proies, de ces rue que nous partons conquérir, fort.e.s de 200 d’entre nous ! Et ça tourne, ça court, ça s’attend, ça part en éclaireur flairer la présence de la flicaille, ça change de rue, ça se relaie aux banderoles, ça virevolte, ça s’égosille, ça tague, et ça déboule sur capitole !

  • « Libérez notre copine ! »

Trop imbus de leur maigre force, quelques robocops tentent de nous bloquer l’accès du capitole à quelques uns, la bonne blague, ahuris par le nombre, déjà emportés par le flot, l’air perdu, ils se sont vite rangés derrière l’angle. Sous l’oeil ébahi de quelques badauds du marché de noël, on fait le tour de la place, on passe devant les bars des arcades bondés. La foule s’étale, prête à repartir, lorsqu’un mec nous regarde en mimant une fellation. Ni une, ni deux, tout.e.s : lancé de bière, bond en avant. À ce moment là, un flic désigne une nana et ses collègues profitent de la confusion pour fondre sur elle, la chopent, et malgré les tentatives pour la retenir, l’embarquent. La colère monte, de derrière pleuvent des tampons pleins de peinture sur la flicaille, la tension est palpable, on gueule « libérer notre copine ». On s’accroche les unes aux autres, on essaie d’avancer, pluie de gaz à quelques centimètres. On reste une bonne vingtaine de minutes, puis voyant qu’ils essaient de nous nasser, on repart dans les petites rues.

  • « Le Saint des Seins est un bar sexiste »

Remontée, la troupe décide de continuer la ballade et d’aller jusqu’au commissariat du canal où se trouve la copine. Sur le chemin, la colère est palpable, les filles se relaient pour frapper contre les grilles, et donner du coeur au chant ; rapt de poubelles en guise de batuk’ pour maintenir ferme notre détermination. Petite halte au Saint des seins, on s’approche, toujours une centaine, on place les poubelle en première position et on hurle en coeur notre ras-le-bol. Un mec du bar tente de nous agresser, on pousse la poubelle sur lui, il recule, on se casse. On remonte les petites rues, on débarque à Compans, on continue jusqu’au comico, et à une petite centaine on bloque joyeusement une partie de la circulation. Visibles, déviant.e.s et flamboyant.e.s !

  • « C’est pas les migrants qu’il faut virer, c’est le patriarcat et l’État policier »

Arrivé.e.s au commissariat, nous sommes encore une trentaine. Il est onze heures, un peu plus, un peu moins, je ne sais pas, le temps est sans commune mesure. Les slogans fusent encore, deux poubelles toujours avec nous, le propriétaire de l’une d’entre elles nous aura même suivi, amusé, avant de repartir avec. Après une heure de sur place, face à une rangé de flics, dont certains masqués, on rapproche notre ultime poubelle pour relancer notre exigence : libération de la copine. L’un d’entre eux s’approche, la repousse violemment, de nouveau la confusion, gazage, et ils en attrapent une autre. Face à une telle hargne, fatigué.e.s après 4h30 de manif, c’est le départ au compte goutte. Un mot à tourné : rendez-vous ici, le lendemain à 10H pour un pique-nique de soutien. A quand la prochaine ?

Solidaires et complices, nous détruirons votre monde !

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  • 2 décembre 2016

    "Il restait des interventions, une performance, mais qui, qui peut bien contenir une foule survoltée à qui l’on a refusé par deux fois le centre ville, que la préfecture à voulu misérablement cacher de François Verdier au Grand Rond pour notre « sécurité » ?"

    Un bémol pour ma part sur cette fin de manif’. Dommage qu’on ai pas réussi à rester toutes ensembles, le temps d’une dizaine/quinzaine de minutes encore (2 prises de paroles + 1 performance), avant d’éventuellement partir en sauvage. Moi, ça m’a hyper émue cette scission. C’était raide j’ai l’impression pour les personnes qui organisaient (même si ça peut être intéressant pour d’autre fois de se dire que les prises de paroles + performances en fin de manif’, c’est pas l’idéal). Ça l’était aussi je pense pour les deux collectifs qui ont pris la parole alors que 200 personnes essayaient de partir en sauvage, qu’une d’entre elles hurlait dans un méga "On bouge, on bouge". Dur aussi pour la meuf qui a finalement décidé de quand même faire sa performance alors que les organisateurices (certainement stresséEs par toute cette fin un peu mouvementée) avaient clos la marche "officielle". A ce moment là, on était plus qu’une quarantaine, à soutenir la copine.
    Bref, un bémol sur cette fin de manif’. Pas pour être relou parce qu’en vrai, suis d’accord que c’était hyper bien. Juste, pour se souvenir et ressortir grandi de cette soirée/nuit.
    Et en vrai, peut-être j’ai tord et peut-être c’était raide pour personne. A part moi.

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