Soirée Kiosk autour de l’écrivain Stig Dagerman à la Chapelle

Notre cycle sur la littérature prolétarienne continue avec le Kiosk ! RDV le vendredi 24 février à 19h30 autour de quoi boire et manger à La Chapelle.

Nous organisons une soirée autour de l’auteur suédois Stig Dagerman (1923-1954). Cet écrivain révolté a laissé des œuvres où sont disséqués le mal-être et la fausseté des rapports humains. À 22 ans, il écrit L’île des condamnés qui retrace l’impossible liberté des êtres quand aucun-e ne choisit le chemin de la solidarité. C’est un texte fort où les protagonistes sont décrit-e-s au plus profond de leur solitude. Dagerman, littéralement « l’homme du jour » en suédois, a magné la plume comme une antidote contre la mort dans des récits où il met son propre malaise en scène (L’enfant brûlé, Le Serpent, ou la pièce de théâtre L’ombre de Mart).
Militant à la SAC, le syndicat anarchiste suédois et rédacteur pour le quotidien anarchiste Arbetaren, il perçoit vite les impasses du militantisme révolutionnaire. Il mettra fin à ses jours très jeune en analysant le suicide comme « seule preuve de la liberté humaine ».

Notre invité, Philippe Bouquet, a eu une grande part d’importance dans l’accessibilité du roman prolétarien suédois au lectorat français. Outre certains textes de Dagerman, il va traduire un grand nombre d’auteurs prolétariens qui se focalisent sur la précarité qui s’abat sur les individus (Kjellgren, Lo-Johannsson, Moberg, Guillou...). Ces auteurs sont pour la majorité d’entre-eux autodidactes et prônent la solidarité comme idéal. Ils ne parlent que de ce qu’ils connaissent : c’est-à-dire d’eux et de la condition sociale du milieu dans lequel ils évoluent.
Philippe Bouquet a traduit magistralement Notre besoin de consolation est impossible à rassasier et d’autres textes de Dagerman, tels que Automne allemand, Printemps français, Billets quotidiens, La Dictature du chagrin et les pièces de théâtre L’Arriviste et Le Jeu de la vérité. Il nous parlera de Dagerman et son inscription dans le paysage littéraire suédois en croisant son histoire avec celles des êtres humains qui se battent au quotidien pour une société meilleure.

« Mais où est maintenant la forêt ou l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. À son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. »

Stig Dagerman,1952, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, tr. Ph. Bouquet.

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