Assemblée de Commercy : Cinquante nuances de jaune

Compte rendu du week-end des 26 et 27 janvier à l’assemblée des assemblée à Commercy dans la Meuse

On était plus de 400 à l’assemblée des assemblées organisée par les GJ de Commercy les 26 et 27 janvier : Délégué.e.s, observateurs/trices envoyé.e.s par les assemblées locales, mais aussi pas mal d’individus. L’assemblée était organisée autour du principe d’horizontalité et de rejet de la représentativité, et on a échangé sur l’évolution du mouvement dans les villes et les ronds points, depuis novembre : pratiques, revendication, modes d’organisation… Ça a donné lieu à des échanges constructifs, qui nourrissent la perspective d’un blocage plus global de l’économie par l’élargissement et la pérennisation du mouvement. D’un autre coté, ce week-end a fait émerger pas mal de questionnements sur l’institutionnalisation du mouvement, la surreprésentation de militant.e.s de la gauche citoyenniste et radicale, qui peut sembler un trompe-l’oeil, ainsi que sur les difficultés de secoordonner entre différentes assemblées.

Commercy, capitale des gilets jaunes ?

Ça se passe dans un bled où on vous accueille un peu comme des rois, sans le coté autoritaire. Dans un coin de la Meuse, à quelques kilomètres de Bure où l’Andra prépare illégalement l’enfouissement à grande échelle de déchêts nucléaires. Dans le coin, on ne reçoit pas la gazette de la municipalité mais le bulletin de l’ANDRA, écoeurant étalage de propagande nucléaire. Contre ce monde, plusieurs années de lutte qui ont forgé de solides sociabilités militantes et transmettent discours et outils de la lutte anti-nucléaire. C’est un endroit où les militant.e.s ont connu l’an dernier une répression exemplaire, subissant perquisitions, procès en séries. Il y a quelques jours, on a appris le suicide d’un jeune militant dont le procès était prévu le 6 juin. Un drame qui reflète la violence répressive de l’État à l’égard des militant.e.s.

A Commercy, les Gilets Jaunes se réunissent depuis novembre et occupent une cabane dans la ville. Ils discutent en assemblée, et s’inspirent des principes du municipalisme libertaire : refus de la représentativité, horizontalité dans les prises de décision, auto-organisation à l’échelle locale.

Des discussions préparées en amont

Le week-end s’est déroulé sur 2 jours, dans la salle des fêtes de Sorcy Saint Martin, et a rassemblé des groupes venant de toute la France (Drôme, Saint Nazaire, Provins, Paris et banlieue, Ariège, Toulouse, Strasbourg, Nancy, Lorient, Rennes, Poitiers, Le Vigan, Dijon, Marseille…).
En amont du week-end, les différentes assemblées avaient répondu à différentes questions : sur les propositions stratégiques pour continuer le mouvement, comment s’organiser localement au-delà des ronds-points, Comment renforcer notre solidarité et se protéger des attaques du gouvernement (police, justice), comment assurer notre autonomie et notre survie ? ; Doit-on présenter une liste gilets jaunes aux élections et quelle est la position de l’assemblée à l’égard du « grand débat » de Macron ?
Un aperçu des premiers retours dans ce document :

Le fonctionnement de l’assemblée était prévu autour de la prise de parole de délégué.e.s mandaté.e.s par les assemblées, ainsi que par la présence d’observateurs (à Toulouse l’assemble GJ a envoyé seulement des observateurs, qui n’ont pas pu prendre la parole pour parler de ce qui se passe à Toulouse)

Nuit debout, Round 2 ?

Il semblerait que l’appel ait surtout parlé aux gauchistes qui composent les gilets jaunes, ce qui n’est pas pour nous déplaire, mais qui pose des questions sur la place de l’assemblée dans l’ensemble du mouvement. On a croisé pas mal de gens qui se sont politisés ou on participé à Nuit Debout pendant la loi travail, organisé.e.s ou pas, syndiqué.e.s ou non.

On a trouvé un spectre assez large de la gauche qui s’est ressenti dans les débats allant de la lutte pour les services publics à des positionnements plus radicaux. Par exemple, les collectifs de Paris et île de France défendaient des positions plus radicales (luttes féministes, voix des quartiers populaires, combat contre l’extrême droite).
Globalement, les homme cis blancs ont été beaucoup plus nombreux à prendre la parole.

L’assemblée ne partageait pas non plus de stratégie commune. Par exemple on trouvait aussi bien des partisans du RIC et des défenseurs de l’autogestion. A lire à ce sujet,l’article de Paris-luttes sur les différentes stratégies, opposées, représentées dans le mouvement. Ce qui réunit les gens, c’est plus le rejet de l’oppression de l’État et du capital plutôt qu’une proximité sur les stratégies politiques.

Violences policières, blocage de l’économie et dignité pour tou.te.s

Le week-end n’a pas débouché sur la formulation de revendications concrètes et communes, mais plutôt sur des prises de position sur des thèmes comme :

- La lutte contre les violences policières : Certains délégués ont proposé l’interdiction des armes mutilantes, la fin de l’impunité policière, et surtout l’amnistie de toutes les victimes de la répression d’Etat. Au delà de la répression des gilets jaunes, on a aussi entendu une critique de répression quotidienne dans les tribunaux. Le week-end a pu aussi être un moyen de mettre en contact différents collectifs d’anti-rep et de défense collective.

- Le blocage de l’économie, la grève et le rapport avec les syndicats. Tout le monde était d’accord avec le fait de bloquer l’économie, même si l’appel final n’a pas retenu le terme d’anticapitaliste qui ne retranscrit pas une tendance globale du mouvement. La formule retenue est que les gilets jaunes peuvent lutter avec, mais pas pour les syndicats en ce qui concerne la grève. L’idée est d’appeler à une large mobilisation pour le 5 février.

Luttes au niveau local pour gagner la guerre de territoire

L’assemblée a réaffirmé l’importance de défendre les positions locales et la présence des GJ sur les ronds points. Par là on voit que la bataille ne se joue pas seulement sur le terrain médiatique ni juridique. C’est plutôt une guerre de territoire, dans laquelle la présence des GJ sur les ronds points, dans les maisons du peuple est décisive. Ça, les flics l’ont bien compris et c’est aussi pour ça qu’ils mettront tous les moyens pour empêcher l’ouverture de maisons du peuple ou d’autres QG de GJ.
A ce sujet, voirl’appel de l’assemblée de Saint-Nazaire à ouvrir des maisons du peuple sur tout le territoire.

Critique de la représentativité et refus de l’institutionnalisation

La critique de la représentativité portée par les GJ de Commercy a bien infusé pendant le week-end, mais s’est tout même posée la question de la légitimité et du statut d’un appel émanant de l’assemblée. La forme finalement choisie a été de lancer un appel au nom de « l’assemblée des assemblées » mais ayant vocation à « redescendre dans le différentes assemblées.
La prochaine assemblée des assemblées aura lieu dans deux mois à Saint-Nazaire. La poursuite de cette expérience prendra aussi la forme que lui donnera l’assemblée de Saint-Nazaire, qui portait une stratégie plutôt offensive ce week-end. En attendant, on ressort plus fort de cette assemblée qui a marqué un positionnement à gauche du mouvement, les assemblées locales se sont mises en contact, et a évité un écueil de taille : Devenir une plateforme de revendications du mouvement.
La balle est renvoyé dans le camp des assemblées et des ronds points.

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