Chapitre 1 : un mois de mars entre espoirs et désillusions

C’est la rentrée ! Avant de reprendre les hostilités contre la loi « Travaille ! », il peut être pertinent de jeter un œil en arrière et d’esquisser un premier bilan. Que s’est-il passé à Toulouse entre mars et juin 2016 ? Qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce qui a foiré ? Petit retour en trois chapitres sur autant de mois de lutte dans la ville rose.

La résistance s’organise

Phénomène assez rare, les premiers appels à manifester contre la loi "Travaille !" sont apparus sur les réseaux sociaux, notamment via Facebook et une coordination de YouTubeurs. Devant l’ampleur de la "mobilisation" numérique, les centrales syndicales, qui avaient originellement appelé à manifester le 31 mars, prennent le train en marche en se joignant à l’appel des réseaux sociaux pour le 9 mars.

Sur IAATA, à partir du 1er mars, plusieurs textes font un effort de pédagogie pour attirer l’attention sur la nocivité de la Loi Travail :

Tu travailles dans une PME ? Ton patron pourra te passer au forfait jour, ce qui signifie que ton temps de travail sera comptabilisé à la journée. Bye bye les heures sup’ !

Les syndicats appellent à manifester le 31 mars ? Pas assez réactifs, pour certainEs :

Nous ne croyons cependant pas qu’il faille attendre les syndicats, mais les pousser à agir, et que si une mobilisation n’a pas lieu maintenant, il n’y en aura pas avant longtemps sur les questions de travail. Il faut en finir aussi avec le défaitisme chez les militant-e-s, une mobilisation ne pourra pas partir si nous n’y croyons pas !

Le 6 mars, IAATA met en ligne un article récapitulatif de toutes les infos relatives à la lutte contre la Loi Travail. Au nombre de clics, on devine qu’il se passe quelque chose.

Le 7 mars, la toute nouvelle Assemblée des Minimes pose les bases de son engagement :

Nous pensons important de refaire de la politique à l’échelle de notre quartier. Il nous paraît important que des relais locaux existent, à côté d’un schéma traditionnel de mobilisation par entreprise et secteur d’activité.

Le STRASS, syndicat des travailleurSEs du sexe, appelle à rejoindre le cortège du 9 mars :

Alors même qu’il prétend lutter contre la prostitution, ce gouvernement propose aujourd’hui un projet de loi qui ne fera que renforcer les facteurs qui amènent déjà de nombreuses personnes à exercer le travail sexuel parce que leur emploi dans d’autres secteurs ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins.

Le 9 mars, sous la pluie, on se compte. Y’a du monde, entre 10.000 et 20.000 personnes.

Mais tout reste à faire. Un appel à constituer une assemblée de lutte hors des syndicats est publié.

L’objectif de cette assemblée de lutte c’est de proposer un nouveau cadre pour lutter, à tous ceux qui n’en ont pas, qui n’en ont plus, par volonté ou par impossibilité. Les conditions actuelles nous obligent à réfléchir à de nouvelles formes d’organisation.

De son côté, la coordination des intermittent·e·s et précaires fait entendre son point de vue et se joint au mouvement : "Pas de droit du travail sans droit au chômage !"

Le 17 mars : les lycées rentrent dans la danse, le Mirail s’organise

Pour la deuxième journée de mobilisation, le 17 mars, les lycées des Arènes, Berthelot et Saint-Sernin rejoignent le mouvement. Le matin au Mirail, une assemblée de lutte prend de court la très instrumentalisée assemblée générale. Les étudiant.e.s partent en manif depuis la fac en passant chercher les lycéen.ne.s du Mirail et des Arènes.

A la fac du Mirail de Toulouse, tout commença pour nous lors d’une assemblée gérée par des syndicats et des partis politiques en tout genre nommés "l’assemblée générale". Si elle n’a de cesse d’affirmer que son but est de créer un mouvement social de masse, il faut bien avouer qu’elle ne parvient jusqu’ici à ne faire exister qu’une gesticulation apathique. En contradiction avec cette pseudo force, s’est constituée, au début de la semaine, une assemblée de lutte plus dynamique et respectueuse de l’idée même de mouvement. (...)
En vue d’appuyer la manifestation du jeudi 17 et de susciter un mouvement trouvant sa force dans son ouverture sur la ville, l’assemblée de lutte décida d’utiliser, pour cette journée, l’assemblée générale du Mirail, non pas comme un lieu de décision et de légitimation par le vote, mais comme un point de rassemblement d’où faire immédiatement partir des actions sur la ville.

Mais alors que des échauffourées éclatent à Paris et à Nantes, entre 6.000 et 10.000 personnes manifestent dans le calme à Toulouse...

Particulièrement zélé, le service d’ordre de la CGT peut se targuer d’avoir empêché que ce cortège électrique n’exprime sa réelle capacité de nuisance. Un membre du SO agresse un manifestant qu’il juge trop radical. Encadrant la manif à la manière des baqueux, tendus par la présence de lycéenNEs surmotivéEs, ils ont réussi à nous faire faire un tour (gratuit !) du Grand Rond et à revenir sur nos pas.

Auto-critiques

Le 24 mars, un article dénonce l’avant-gardisme ambiant et s’inquiète déjà des premiers signes de division :

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que j’ai l’impression que nous n’en sommes qu’au début d’un truc qui s’annonce important mais que nous reproduisons déjà à l’identique des divisions qui apparaissent généralement en fin de mouvement, quand toute la période d’émulation collective est derrière nous et que la seule manière de faire vivre encore un peu le rêve, c’est la radicalisation qui tourne en rond, celle ou les divergences éclatent parce qu’il n’y à plus cette possibilité d’action collective, cette période ou les médias, les politiques, les droitiers ont gagné et ont réussi à nous diviser. Le moment où la seule porte de sortie semble être l’entre soi.

Le 27 mars, une publication s’interroge : "Manif contre la loi Travail : Quand est ce qu’on s’amuse ?" :

Je m’interroge sur le mouvement contre la loi travail qui se passe à Toulouse. En lisant les textes provenant d’autres villes ou en regardant les vidéos des manifs, je ne peux que constater qu’il ne se passe rien, ou pas grand-chose ici.
Et je peux comprendre, pour le moment, le « mouvement » se résume à des AG interminables et inintéressantes et surtout à des manifs où on se fait chier ! On marche comme des moutons lobotomisés, on va là où les flics veulent qu’on aille et on se retrouve à faire des tours de grand rond bien pathétiques (...) Ne sommes nous pas dans la rue pour dire « nik votre réforme, votre loi et votre vision dégueulasse de notre avenir » ? Alors pourquoi respecter leurs directives ?
Depuis quand les trajets des manifs sont dictés par les flics ou la CGT ? Depuis quand les manifestants sont gentils, mignons et se soumettent au pouvoir qu’ils contestent ?
On veut bloquer la gare ? On la prend ! On veut se faire entendre dans le centre ville ? On y va !

Le 28 mars, une "Lettre à un.e ami.e syndicaliste" est publiée, telle une bouteille à la mer.

Ici, à Toulouse d’où je t’écris, ça fait deux manif que des types en gilet ciglé "syndicaliste pas voyou" font la chasse aux "totos". Surveillant les abords, relayant la sale besogne des flics pour soi-disant "empêcher les débordements", "protéger les lycéen.ne.s". Le jeudi 24 ça n’a pas manqué il fallait que les beignes partent. On a évité l’arrestation mais pas la dégradation d’un véhicule de la CGT. Une vitre cassée et quelques insultes. Franchement deux fois rien. Mais il paraît que ça vous a vexé.

Décidément, le mouvement ne s’annonce pas sous les meilleures auspices dans la ville rose...

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