Elections européennes et Gilets jaunes : et maintenant, le boycott ?

Cinq mois de mobilisation dans la rue, des blocages, une personne décédée, des blessé.e.s, des incarcéré.e.s à la pelle, tout ça pour tomber dans le légalisme électoral dès qu’un scrutin pointe le bout de son nez ?

La manière d’appréhender les prochaines élections européennes sera un révélateur du potentiel offensif qu’a offert le mouvement des gilets jaunes depuis ses débuts. Plus que pour le gouvernement, cette échéance est un tournant pour la mobilisation qui recherche un second souffle même si elle reste importante et sa motivation, intacte. Opposée au mutisme de gouvernants qui, face à tout ça, n’ont qu’une réponse répressive à apporter, couplée à une intransigeance judiciaire aux jugements iniques et totalement disproportionnés, le risque est grand de voir les GJ s’engouffrer dans une voie sinon plus légaliste, du moins plus traditionnelle qui laisserait obligatoirement des traces et signerait probablement son arrêt de mort.

D’un côté l’objectif est, bien évidemment, d’essayer de rallier les indécis. Certain.e.s ne sont pas encore prêt.e.s à battre le pavé et réclamer leur dû dans la rue. Il est également d’offrir une vitrine plus consensuelle à un mouvement raillé, accusé d’être une auberge espagnole au niveau idéologique, généralement méprisé par les intellos des plateaux télévisés en mal d’argument. Boudé par les médias et, dans le même temps, incité en sous-main par ces derniers à trouver une figure plus mainstream, la tentation est forte justement de laisser la parole à celleux qui peuvent la porter ailleurs que dans la rue. De Boulot à Rodrigues, les exemples foisonnent. Face aux incessantes critiques d’une classe renvoyant le prolétariat en colère à clarifier ses revendications non pas pour l’écouter mais surtout pour gagner du temps et par mépris de classe, les GJ se retrouvent à choisir entre poursuivre sur la voie insurrectionnelle et s’acheter une conduite pour entrer dans le moule prévu pour les mouvements contestataires, à savoir celui de la représentation, avec les résultats que l’on sait (cf. Podemos en Espagne).

Toutefois, en ayant fait du rejet de la représentativité un de ses chevaux de bataille, l’orientation dans une voie légaliste pourrait faire prendre au mouvement le risque d’une division fatale annihilant la menace qu’il a été pendant tous ces mois et le résultat au point de vue constitutionnel pourrait être bien maigre. Déjà les Cauchy, Benedetti et autres affidé.e.s d’extrême droite sont prêt.e.s à récolter les fruits d’une colère opportune de laquelle ils se sont fait mettre dehors avec perte et fracas. Et c’est surtout ce que semble attendre avec impatience le gouvernement qui pourrait rejouer le coup du front républicain qui l’a porté aux affaires en 2017. En n’offrant aux Gilets jaunes que leur silence et ce, bien après la fin du fameux grand débat, Macron et sa bande tentent effectivement de forcer tout le monde à prendre la direction des urnes avec comme enjeu une « relégitimation » à moindre coût (sans dissolution de l’Assemblée nationale, par exemple). Une victoire aux européennes conforterait son action, tandis qu’une défaite serait exploitée commune une défiance à l’égard de l’Europe et non pas comme la conséquence d’une politique nationale désastreuse. Rien de nouveau dans la rhétorique politicienne car c’est le discours habituel des gouvernant.e.s après une veste aux élections intermédiaires depuis vingt ans. Sachant cela, on comprendrait donc difficilement que le mouvement accepte le jeu électoral d’une classe politique contre laquelle il se bat depuis le début. Tout cela réduirait à néant ces efforts et ouvrirait la porte à un véritable massacre social.

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