En mai, dépave ce qu’il te plaît !

Comment ne pas sentir que le climat général s’est particulièrement tendu lors de ce dernier mois ?
Si l’on entreprend de faire une liste de tout ce qu’il se passe sur le territoire depuis plusieurs semaines, on arrive rapidement à la conclusion que "quelque chose" se passe et qu’un tournant s’est opéré dans l’appareil de répression étatique.

D’abord il y a la ZAD et son expulsion, attendue certes mais qui surprend tout de même par son niveau de violence. Le dispositif est considérable (pas moins de 14 millions d’euros dépensés depuis le début de l’opération "Oui c’est beaucoup mais on a des violents en face"#EdouardPhilippe #Quisontlesviolents ?). On comptabilise plusieurs blindés de la gendarmerie, des hélicos et surtout l’utilisation massive d’armes "dites non létales", LBD bien entendu mais plus particulièrement la grenade offensive appelée officiellement "grenade de désencerclement" qui contient tout de même 25g de TNT.
L’occupation militaire n’a pas cessée depuis le début des expulsions (Lundi 9 avril), soit plus de 18 jours d’occupation déjà. La médic team de la ZAD fait état de nombreux blessés, parfois très gravement, de nombreuses blessures ayant des conséquences irréversibles.Il ne se passe pas un jour sans que des blessés soient recensés, même pendant ses derniers jours sensés être des jours de négociation et donc de trêve. Partout l’on s’étonne qu’il n’y ait pas encore eu de mort.

Le mouvement étudiant et celui des cheminots n’est pas en reste. En mars déjà on comptait plusieurs expulsions de fac (Bordeaux, Strasbourg, Nantes avec 7 blessés sérieux, Jussieu). A Bordeaux, des perquisitions auront lieu suite à des distributions de tracts.
Le 22 Mars, les occupants de la faculté de droit de Montpellier se faisaient attaquer par un commando de personnes cagoulées et armées de bâtons, parmi lesquels des profs et des élèves, tout ça avec la complicité du doyen qui se disait a posteriori "être fière de cette évacuation".
Un mois plus tard, le 20 avril, c’est la fac de Tolbiac qui se fait violemment expulsée par les CRS et la BAC, tout ça dans un climat médiatique absolument "opaque". Lors de cette expulsion, une personne aurait été blessée gravement (l’affaire reste aujourd’hui encore plutôt mystérieuse..).

Par ailleurs, de nombreuses arrestations, perquisitions, garde-à-vue et interrogatoires ont eu lieu à partir du 28 mars, suite à l’ouverture d’enquêtes en rapport avec des actes de solidarités concernant "l’affaire de la voiture brûlée" ou "affaire du Quai de Valmy", en Octobre/ Novembre dernier. Ces enquètes concernent de nombreuses personnes et lieux dans différentes villes (Ambert, Amiens, Limoges, et Toulouse) et comprennent notamment des écoutes téléphoniques et des filatures. Aujourd’hui plusieurs personnes sont encore en préventive jusqu’à leur procès. d’autres sont sortis moyennant des contrôles judiciaires sévères et des interdictions de territoire.

Le 14 avril à Toulouse, un détenu de la prison de Seysses est abattu par les matons. "J. a été battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure." Un autre détenu était entre la vie et la mort, il est finalement décédé lui aussi. Les prisonniers ont refusé de réintégrer leur cellule pendant plusieurs jours d’affilé.
Dans les quartiers de la Reynerie d’abord puis de Bagatelle et Bellefontaine, ces faits ont été suivis de plusieurs nuits d’émeute. La répression ne s’est pas faite attendre. L’hélico a été mobilisé pendant des nuits entières, les flics ont procédés à de nombreuses arrestations (plus de 25 personnes envoyées en GAV puis en préventive), au cœur des quartiers et aux abords de la fac.
Sans surprise, la justice a été expéditive et insupportable : prison ferme, sursis, contrôle judiciaire, amende... et encore 5 personnes en préventive en attendant leur procès.

Cette liste est non exhaustive bien sur. Elle ne veut pas participer au climat de terreur ambiant mais permet de constater que nous sommes actuellement dans une période d’accélération. Il est évident que tout cela n’a rien "d’exceptionnel" et que ce durcissement n’est qu’une continuation, un résultat de toutes les politiques à l’œuvre (les lois sur la sécurité intérieures, la constitutionnalisation des mesures d’état d’urgence, les lois sur le renseignement...).

Le gouvernement précédent essayait encore de se prétendre de gauche. Le gouvernement Philippe/ Macron a au moins le mérite de ne pas se prendre pour autre chose que ce qu’il est et affirme à haute voix son autoritarisme (suppression de l’impôt sur la fortune pour les très riches, constitutionnalisation des mesures d’état d’urgence dès le début du mandat et aujourd’hui expulsion violente de la ZAD, refus pure et simple de discuter avec les cheminots, accolades avec Trump...).

Ce gouvernement a pour stratégie l’attaque sur tous les fronts et ne fera aucune concession. C’est aussi pour cela qu’aujourd’hui plus encore peut-être que pour la loi travail, descendre dans la rue n’a en aucun cas pour but de réclamer des miettes que nous n’aurons pas et que nous ne voulons pas. Il n’y a rien à espérer de la politique classique, rien à quémander.

Occuper la rue, les facs, organiser des lieux de résistance, des fêtes sauvages, se trouver et converger... Ça fait longtemps qu’on le fait déjà et il faut continuer. Intensifier nos liens, créer des rapports de force, discuter de politique jusqu’à n’en plus pouvoir, multiplier les actes de solidarités, de sabotage, de vandalisme. Un mec se fait assassiner en prison : les quartiers s’enflamment ; la ZAD est attaquée : ça répond à coup de coktail molotov ; des potes se font arrêter : on est sur le pied de guerre pour les sortir de leur galère..

Nous ne prendrons pas peur, nous ne prendrons pas la fuite.
Tout cela ne fait que nous pousser à nous organiser mieux.

Et le meilleur dans tout ça, c’est qu’on est de plus en plus nombreux.
Et après trois mouvements en quatre ans, de plus en plus expérimentés.

« - Vous voulez me faire croire que vous portiez un cache cou pour faire du vélo alors qu’il fait 25 degrés ces derniers jours ?
- Mais enfin madame la procureur, vous connaissez l’adage : en Avril, ne te découvre pas d’un fil »

Et en Mai, dépave ce qu’il ce qu’il te plaît.

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