J’me barre - Nouvelles de l’HP 4

« J’en ai claqué des portes... » ahah la meuf s’auto-cite direct. Mais, t’sais c’est juste parce que j’en ai tellement claqué que s’en est fini. Aujourd’hui j’apprends à les fermer. A clés. A mettre un point final. A tourner des pages. A passer à autre chose. Mettre un terme à une relation comme on clôture un chapitre.

J’ai appris ça ici, à l’HP. Je le savais déjà. Que j’étais une meuf attirée par le goût du toxique. L’amour du risque. Mon cul. L’amour du rien. De la dégradation facile. Gratuite. Et j’en ai fini.

Et papa, je commence avec toi. Je te sors de ma vie. Je sors de la tienne. Je te quitte pour de bon. Pour de vrai. Je te quitte pour m’ouvrir à d’autres. Pour en être capable. Je te quitte et je n’attends plus rien.
Comme vous autres qui le faites si bien. Je n’attends plus rien. Et j’vais aller mettre des coups dans un sac de frappe plutôt que dans ta gueule. Parce que je te jure que samedi quand tu m’as écrit j’avais envie de t’éclater. Comme tu l’as fait. La violence des mots. La violence de la culpabilisation. Ahah. J’ai pleuré. Pleuré. J’avais envie de bouffer tous les cachetons je te jure. Tu m’aurais tué. Mais je te laisserai pas ce privilège. J’vais vivre. Et me battre. Parce qu’il n’est pas question que tu continue à m’obstruer la vue. A m’boucher la vie. J’veux la bouffer. J’veux la kiffer.

Alors salut mon père. Je t’ai simplement demandé de la reconnaissance. Je t’ai simplement demander de t’excuser. Je t’ai simplement demandé de fermer ta gueule et de m’écouter et tout c’que tu as fait c’est pleurer sur ton sort et tout ramener à toi.
Étrange comme cela m’est familier. C’est toi et une bonne grosse partie des hommes-cis hétéro qui ont suivi. Vous n’avez de cesse que de taire les choses et pleurer en faisant le plus de bruit possible. Paradoxale presque. Et cette incapacité d’assumer ses actes. La lâcheté. La fuite. Beaucoup plus pratique pour éviter toutes remises en question. A toi, mon père, je t’ai demandé pourquoi tu ne m’avais pas protégé. Pourquoi tu ne m’avais pas éviter tout ça. Et tu me demande de me taire, de t’oublier. D’arrêter de ressasser le passé. Mais comment vivre au présent alors que tu esquive tant le passé ? Pire tu le réécris ?

Je m’adresse à toi,mon géniteur mais ceux qui se sentiront concernés auront bien raison de l’être. Vous avez les cartes entre les mains, mais soit vous savez pas lire soit vraiment vous êtes trop stupides. Je sais pas. Y’a un moment ou réfléchir c’est bien, mais agir c’est mieux. Mais ça commence tellement à être redondant... Alors moi j’me casse.
J’ai décidé de mettre un terme à tout ce qui peut être toxique dans ma vie et après l’alcool, je commence par vous.
J’ai plus envie d’attendre quoique ce soit de qui que ce soit, pour pas devenir la même connasse que vous. Non. Je veux plus rien attendre pour juste prendre soin de moi. Et surtout faire le tris. Je fais le tris. C’est marrant, ma psy m’a dit « les hospitalisations des fois ça sert à ça ». J’ai pas eu besoin d’arriver à l’HP. Mais je crois que quelque part ça m’aide à savoir où poser mes limites et vers qui me tourner. J’arrive aussi à comprendre pourquoi je me suis si longtemps tournée vers certaines personnes. Mais je mérite largement plus que ça ! Largement.

J’en peux plus des égoïstes qui font semblant d’être sur d’eux. Des faux calmes et gros nerveux. Des faux méchantEs qui pensent avoir l’air plus fortEs comme ça. Des faux semblants.

Et c’est pour ça que je me barre ! Je me casse.

Comme dans la chanson, « je viens te dire que je m’en vais ». En réalité ça fait plusieurs mois que j’ai déserté. Je sais même pas si tu l’as remarqué. Mais, peu m’importe, maintenant. C’est vrai qu’au départ j’étais triste que cela passe inaperçu. Trop pleine d’illusions je pensais avoir tissé de solides amitiés... En réalité je n’ai côtoyé que des collègues. Ironie du sort quand tu as choisi pendant toutes ces années de ne jamais travailler.
A croire que j’ai « milité » comme je suis allée au travail. Au niveau relationnel en tout cas je dois dire que c’est les conclusions que j’en tire. Du superficiel. Des mondanités. Des gens que j’ai côtoyé régulièrement, pendant tant d’années. Qui ne me connaissent pas. Que je ne connais pas. On a passé des soirées à rigoler. Des lendemains à se snober. On a passé des journées entières à tenir des baraques sans n’avoir rien à se dire. On s’est rapproché à cause de la répression. On a réunionné, on a manifesté. On a hurlé, on s’est même bagarré. On a parlé du monde et de rien d’autre. Je ne sais pas où tu as grandi, ni ce que tu aime dans la vie. On a fait semblant tellement de fois.

Tu as commencé à me considérer quand mon mec risquait d’aller en taule. Après ma première gardav je méritais enfin que tu me salue. Alors quand tu as su que j’avais tenu un faux blaze n’en parlons pas. J’ai gagné 10 points d’un coup. J’ai même eu le droit à un sourire. On en a rigolé de ces fameux « points toto », tellement de fois, sans réellement se rendre compte que nous aussi on comptait les points. Nous aussi on participait à ce calcule foireux.
Parce que mine de rien, on avait toujours un mot à dire sur les agissements de chacunE. Cellui qui a trop parlé pendant sa gav, cellui qui a choisi leA mauvaisE avocatE, qui n’a pas été assez radicalE. Et même quand on n’en parlait pas, il suffisait de voir qui pesait le plus dans le game. Et qui pèse encore aujourd’hui. Suffit de regarder comment on se considère et pourquoi ? Qui est chiantE et pourquoi ? Qui est cool ? Qui est attirantE ? Qui nous manquera finalement si ielle disparaît un jour de la scène…
C’est pas le moment de lancer un pavé dans la marre. Je sais même pas si c’est un pavé mais franchement j’me marre. Et surtout j’me barre. J’en peux plus. Et c’est jamais le bon moment de toute façon. C’est pas comme si la vie nous laissait de répits. Et puis si j’reste encore prés de vous, j’vais étouffer.

Je veux retrouver ma liberté. Mon autonomie. Je ne veux sans avoir a culpabiliser de n’être pas assez parfaite. Je ne veux plus cacher ma peur sous ma cagoule. Je ne veux plus dissimuler ma tristesse sous ma capuche. Je veux être libre d’être qui je suis et d’être celle que j’ai envie de devenir. Je veux me sentir forte. Je veux me sentir légitime. Je veux me sentir en vie. Et là je meurs.

J’ai appris beaucoup sur moi dans ce milieu. Et j’ai tellement souffert. Et je pense que ce n’est pas anodin que mes crises d’angoisses se soient faites de plus en plus fréquentes.
Ce n’est pas pour rien que j’avais tant envie de m’arracher la gueule. Ce n’est pas pour rien que la colère était la meilleure de mes feintes. La colère a masqué ma tristesse. Ma tristesse a été masqué par ma colère. Parce qu’il est plus aisé d’être en colère que d’accepter d’être triste. La colère rend fort, askip.

Moi j’en ai marre de chercher à toujours être forte et plus forte encore. Sans arrêt.

Ouais, parfois j’ai carrément envie d’arrêter de lutter complètement. Genre tout arrêter vraiment. Parce que je lutte déjà bien assez avec moi-même. Parce que quand c’est pas ma tête qui déconne, c’est mes hanches qui bloquent, ou mes épaules ou encore mes doigts qui ne veulent plus s’ouvrir. Et le pire c’est quand ma bonne humeur fout le camp, et que j’ai envie de me foutre en l’air.
C’est drôle dans ces moments là de voir comme il n’y a plus personne.
J’en suis même arrivée à me dire que si j’étais en prison c’est sur que j’aurais eu plus de soutien que quand j’étais à l’HP. C’est triste d’en arriver à penser ça, mais c’est vrai. Parce que dans notre milieux aussi la dépression n’est pas valorisée. Enfin à plein de moment on fait semblant que c’est pas grave. Que ce n’est pas tabou. On fait semblant de considérer la folie comme un truc normal. Absurdité. Ça évite juste de se pencher sur le problème.
Et puis, comme on n’en parle pas… quand les personnes vont mal, il n’y a personne d’autres que les personnes concernées pour prendre en charge celles qui vont mal. Comme ça le serpent se mord la queue et celleux qui s’en sortaient déjà bien s’en sortent que mieux. Et celleux qui sont au bord du gouffre finissent par sauter.
Alors, oui, il existe quelques espaces où on en parle de façon assez libéré, heureusement. Mais soyons honnête. Qui en parle ? Ceux qui n’ont nul autre choix que de bouffer des cachetons ou d’être confronté frontalement à leur mal-être. Je parle pas de la petite déprim de l’anarcho-autonome en mal de sensations fortes.
Parce que ouais tout niquer ne m’a pas aidé à aller mieux. C’est tout qui m’a niqué la tête.

Alors j’ai décidé d’arrêter et de penser à MOI. Et rien qu’à moi. Easy ? Beh… pas tant au final. Parce que je continue à penser à toutes ces années qui ont façonné ma vie. Ces années de vie en (semi)collectif. A ne plus penser totalement par moi-même. Mon individualité envolée. Absorbée. Niée. J’me suis oubliée dans le collectif. Je me suis perdue.

Et aujourd’hui plus jamais je ne veux m’oublier. Pour rien ni personne.
Je suis la première personne sur laquelle je dois veiller.
Je suis la première personne que je dois aimer.
Je suis la première personne de qui je dois prendre soin.
Avant de penser à changer le monde, avant de me préoccuper de faire disparaître le capitalisme, et les sales comportements des autres, je vais commencer à me pencher sur moi.
M’écouter.
Écouter ce que véritablement j’ai envie de faire.
Je vais observer mes agissements, mes comportements.
Voir ce que j’ai à changer chez moi pour commencer.

Ça va sûrement te paraître très babos, pas assez radical. Et je m’en bats les ovaires. Tellement. Mais tellement… J’ai oublié qui j’étais toutes ces années. Et j’ai cru que le nombres ferait la force. Mais c’est à force de me sentir seule en groupe que j’ai capitulé. Autant être seule pour de vrai.

P.-S.

J’ai écrit un bout de ce texte il y a quelques mois, donc certaines choses ont changé mais grosso merdo je pense toujours la même chose. J’ai juste pris conscience que certaines personnes valaient le coup que je m’investisse un peu. Certaines personnes m’ont fait réaliser que le dialogue était possible et qu’avancer réellement ensemble c’était jouable. Qu’on était pas juste obligé de se tirer vers le bas.

J’ai jamais osé poster ce texte. Mais à l’heure de l’hospit et au point où j’en suis, j’ai besoin et envie de balancer le truc. Je suis convaincu que ça fera écho chez certainE. Et tant pis pour le reste. Aujourd’hui je sauve ma peau.

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  • 17 juillet

    "Trop pleine d’illusions je pensais avoir tissé de solides amitiés... En réalité je n’ai côtoyé que des collègues. Ironie du sort quand tu as choisi pendant toutes ces années de ne jamais travailler."

    Au top ! Tellement de vérité dans ce texte. Espérons que ça aide d’autres à ne pas trop perdre de temps...

  • 17 juillet

    Oui ça fait écho. Tout depuis le début fait écho et même du bien à lire.
    Est ce que c’est ok de pouvoir éventuellement utiliser des parties de ce texte pour des brochures ?
    merci

  • 15 juillet

    Un texte prenant et surprenant car c’est de moi et de nous toutes et tous qu’il parle .

  • 14 juillet

    Force et courage et merci pour le partage !
    Lâche rien c’est très inspirant ce que tu dis et ce que tu pose là.

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