L’Etat enferme, la prison assassine (Communiqué Genepi Toulouse)

Samedi 14 avril, Jaouad est retrouvé mort à la maison d’arrêt de Seysses, décès qui sera suivi le 18 avril par le suicide d’un autre prisonnier. Nous exprimons ici tout notre soutien aux familles, ainsi qu’à leurs proches.

Aujourd’hui encore, les conditions de la mort de Jaouad restent confuses. L’État, par la voix des surveillants, de l’administration pénitentiaire et du parquet, affirme qu’il s’agit d’un suicide. Les détenu·e·s, elleux, soutiennent que celui-ci est décédé à la suite de violences perpétrées par les surveillants. Le collectif Genepi Toulouse veut réaffirmer sa solidarité dans la lutte des détenu·e·s de la maison d’arrêt de Seysses pour que la vérité et la justice soient rendues sur cette affaire. Suicide ou meurtre maquillé, la seule chose sûre est que la prison a encore une fois tué : en France, en prison, une personne se suicide tous les trois jours ; on s’y suicide sept fois plus que dans le reste de la population. La maison d’arrêt de Seysses, cette prison surpeuplée où le nombre de prisonnier·e·s suicidé·e·s est le plus important de l’agglomération toulousaine, ne fait malheureusement pas exception à la règle nationale.

Les révoltes qui se sont organisées à Seysses se sont traduites par le refus des détenu·e·s de réintégrer leur cellule après la promenade. Vendredi encore ils étaient 240 à manifester pacifiquement, manifestations systématiquement réprimées par l’intervention des E.R.I.S (Equipes Régionales d’Intervention et de Sécurité). Ces révoltes ont été appuyées par des mouvements de soutien dans les quartiers du Reynerie qui ont eu lieu les nuits du 15 au 19 avril. Ces révoltes urbaines ont également été violemment réprimées par l’intervention des CRS. Répression que la justice est venue appuyer à travers des comparutions immédiates qui sont, nous le savons, une forme de justice accélérée (une audience ne dure en moyenne que 29 minutes), intense, sévère et bien trop souvent inhumaine. Durant cette semaine, une quinzaine de personnes ont comparu au tribunal de Grande Instance, la plupart sont des jeunes de moins de 25 ans et primo-délinquants.

Ce vendredi par exemple, deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été condamnés à 6 mois de prison ferme. Le premier pour avoir lancé un unique pétard sur une voiture de police, le second pour possession de « trois galets dans ses poches ».

Le collectif Genepi Toulouse continue de s’opposer aux comparutions immédiates, une justice d’exception qui se généralise alors qu’elle produit des personnes détenues à la chaîne. En effet, la comparution immédiate est 8 fois plus pourvoyeuse de prison qu’une audience classique.

Le collectif Genepi Toulouse soutient toutes les formes de contestation qui sont nées ces derniers jours, et condamne toutes les répressions qui les ont suivies, et qui se systématisent dernièrement dans le pays. Nous jugeons que les répressions violentes et disproportionnées n’ont été que peu mentionnées et de ce fait trop facilement légitimées.

Le collectif Genepi Toulouse dénonce le traitement médiatique fait des révoltes ayant eu lieu à la Reynerie, quartier d’origine de Jaouad, occultant encore une fois leurs réelles causes. Sous couvert d’un vocabulaire guerrier utilisé dans les médias (“violence”, “voitures brûlées”, “émeutes”, “mutineries”), les revendications derrière ces actes sont dépolitisées et délégitimées alors même qu’elles portent un réel message politique rarement relayé. Détenu·e·s et révolté·e·s de la Reynerie n’ont encore une fois pas pu faire entendre leur voix, seul.e.s les représentant·e·s des forces de l’ordre (surveillant·e·s, ERIS, CRS) ont pu s’exprimer.

Ces événements rappellent encore une fois qu’en France, la seule violence légitime est celle de l’État. Le collectif Genepi Toulouse continuera de dénoncer les véritables violences actuelles, qui ne se situent pas, comme présenté dans les médias, dans des “émeutes urbaines” ou “mutineries” mais bien dans la répression et la stigmatisation orchestrée par l’État, nourrissant un sentiment d’insécurité qui sert à justifier le resserrement de l’étau sur les populations subissant le plus fortement les violences économiques, sociales et raciales produites par notre société.

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