Le Minotaure arrive, soyons Thésée pas TESO !

Du 1er au 4 novembre la métropole décomplexée se met en scène dans son gigantisme vorace.Toulouse doit devenir la scène d’un drame mhytologique l’ambition métropolitaine réclame des sacrifices, elle doit, pour survivre, dévorer des vies humaines.

Le monstre prendra vie dans les rues de la ville dès jeudi 1er novembre. Partout sa venue est annoncée, affiches, dépliants, presses, rien ne nous est épargné. Nous ne pouvons, ni ne devons, resté en dehors de l’événement. Il ne s’agit pas seulement d’assister mais d’adhérer au spectacle, de prendre part à un moment d’intense communion. La Machine arrive en ville, sous la forme du Minautore, mi homme mi taureau. Ce monstre mythologique à qui devait être, selon la légende, régulièrement sacrifié des vies humaines. L’image est belle, elle fonctionne même. Ces vies, ce sont les nôtres : les campements expulsés, les travaux qui nous étouffent, les logements détruits. La métropole étend son ambition sur la ville et nous pourrit la vie.

Astérion, ogre sans pitié

Le Minautore s’appelle Astérion pour l’occasion, peut-être faut-il adoucir l’animalité pour la rendre plus acceptable. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons quels sont les projets de la métropole : multiplier le flicage, augmenter le coût de la vie, faire de la place au centre pour les plus riches, expulser les plus pauvres. L’ogre n’en finit pas de dévorer nos chaires en commençant par le budget de la ville. Très concrètement la ville concentre une part importante de ses investissements sur le prestige et la notoriété. Une grande compagnie ça fait classe à l’internationale, c’est un peu comme une tour de 150 mètre, ça se voit de loin. Tant mieux pour ceux et celles qui seront sous la douche et qui profiteront un peu de quelques cachets d’intermittences, tant pis pour les autres. La cantine est devenue payante pour les plus démunis, les place de parkings sont payantes, les logements sont de plus en plus cher… La métropole paye plus de 18 millions pour cet animation [1]. L’objectif rendre désirable le centre-ville pour les investisseur et les ménages à haut revenue. Ce n’est même plus du pain et des jeux. Vous n’aurez que les jeux, le pain est à vendre.

Chronique de la naissance du monstre

C’est l’équipe Cohen qui a commencé à dérouler le pont d’or pour faire revenir la compagnie la Machine [2] dans la région. Alors que la moindre association de quartier galère pour réunir trois sous pour amener les gosses faires des activités, la machine aura un bâtiment « la halle », un espace de présentation « la piste des géants » et une commande spéciale à 2,5 millions le Minautore. Mr J.L Moudenc était alors opposé à ce dispendieux investissement, il a depuis compris tous l’intérêt de faire reluire l’image de la ville avec de coûteux programme culturel. Attirer le touriste, faire belle figure dans les magazines, tout cela apporte un retour certain sur investissement. Le nouveau quartier Aerospace condense tout ce que la métropole met en place pour faire valoir sa « spécificité » : la science, le patrimoine et la culture. Résidence universitaire, innovation campus et un « pôle culturel majeur entre mémoire et innovation », le tout desservie par les deux stations de métro de la Toulouse Aerospace Express, cette troisième ligne de métro spécialement mis en place pour les ingénieurs des entreprises performantes…

Mégalomanie

La compagnie la Machine est une sorte de symptôme du processus de métropolisation en cours : centralisation des ressources, gigantisme, reproduction des recettes « originales » partout. À la folle compagnie Royal de luxe qui investissait les rues avec folie et imagination le temps n’a pas apporté la sagesse mais la cupidité. C’est un appétit dévorant qui l’a conduit à passer du spectacle de rue à mettre la rue en spectacle. Après avoir accompagné la refonte de la ville de Nantes l’art vient servir les ambitions métropolitaines de Toulouse. Le patron de la machine le dit mieux que personne « C’est un plaisir immense d’avoir une emprise sur le développement d’une ville, d’inscrire des projets dans le temps, de voir la ville se transformer au gré de ces perturbations qui changent la vision de ses habitants ». Sans nul doute nous en prendrons plein les yeux, sans nul doute ce sera un spectacle mémorable de voir Astérion retrouvé son temple [3], mais qui chassera les marchands du temple ?

Un ami du général Ludd

Notes

[1Entre la construction de la hall, l’achat du Minautore et le coût du spectacle. Sur l’île de Nantes, lieu d’évolution de l’éléphant, voir ici ou .

[2Cette compagnie dirigée par François Delaroziere a depuis longtemps un atelier à Tournefeuille. Ce retour n’en est pas un, c’est plutôt l’annonce d’une collaboration qui avait été refusé il y a longtemps à Royal de Luxe (une des origines de la machine). Cette célèbre compagnie est née par ici mais les édiles locaux n’avaient pas trouvé à leur goûts ces trublions mal peignés. C’est Nantes qui les avait alors récupérés (dans tous les sens du terme) avec le succès que l’on sait. C’était depuis la "grande erreur" de gouvernance de la municipalité pour beaucoup. Il faudrait donc plutôt parler du retour du fils prodigue.

[3C’est l’annonce faire par les promoteurs du spectacle. Le monstre n’est pas détruit (à ce prix là on comprend) mais guidé par Ariane (la fusée ?) vers son temple. Les habitant.es devront-elils lui vouer un culte ?

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