Les deux églises, la rue des Bons-Enfants et l’extrême-droite toulousaine

Faire un saut dans l’histoire pour comparer ce qui n’a rien à voir et découvrir (quel surprise !) des liens entre des fafs et des flics.

Dans la rue des bons enfants,
On vend tout au plus offrant.
Y’avait un commissariat,
Et maintenant il n’est plus là.

Le mardi 8 novembre 1892, un anarchiste, Emile Henry, dépose une bombe « à renversement » au siège des mines de Carmaux à Paris. Elle est ramenée au commissariat du 21, rue des Bons-Enfants et y explose, tuant six personnes, dont cinq flics — l’un d’eux meurt d’une crise cardiaque en entrant dans le commissariat après l’explosion. Ce bien heureux événement qui doit tout au hasard, connaît aujourd’hui encore une certaine notoriété grâce à une chanson, La Java des Bons-Enfants, dont le texte, prétendumment attribué à Raymond-la-Science (de la bande à Bonnot) est en réalité de Guy Debord.

Durant l’hiver 2016, un dispositif incendiaire est déposé devant la paroisse Saint-André à Toulouse. Il est composé de bouteilles de liquide inflammable, d’allume-feux et de bougies. Celles-ci se consumment sans enflammer le dispositif. Il reste plusieurs jours devant l’église avant d’être découvert. Des flics le ramènnent alors au commissariat central et le déposent dans la cour pour l’analyser. Et là, c’est la panique : une partie du commissariat est évacué, les pompiers et les démineurs sont appelés. Iels analysent le dispositif puis le font exploser.

Si l’épilogue à ces deux histoires diffère sensiblement, la maréchaussée n’a heureusement toujours pas compris que lorsqu’elle découvre un dispositif incendiaire ou explosif, le ramener au commissariat c’est courrir un risque qu’il s’y déclenche, pour le plus grand bonheur de tou.te.s. Et même s’il ne s’y enflamme pas, le commissariat est évacué et les démineurs détruisent ce qui aurait pu se retrouver sous scellé, ce qui est déjà ça de gagné.

Lorsqu’on entend le bruit des bottes

Mais au-delà du léger parallèle entre ces deux événements, la découverte de ce dispositif incendiaire aura permis de confirmer certaines choses dont on pouvait aisément se douter, mais dont on n’avait jusqu’alors aucune preuve formelle : les liens privilégiés qui existent entre l’extrême-droite radicale toulousaine et la police.

A partir du 14 décembre, toute la presse locale (La Dépêche, Actu Côté Toulouse, France 3 Midi-Pyrénées, etc.) relaie l’information selon laquelle une « bombe artisanale » ou un « engin incendiaire » aurait été découvert plusieurs jours auparavent devant une église de Toulouse. Comme d’habitude, les journalistes disposent grosso-merdo tou.te.s de la même source d’information, à savoir ce que le service com’ de la police nationale veut bien leur en dire et iels brodent avec ça, en rajoutant du lyrisme autour d’une dépêche AFP.

Parmi les différents sites qui racontent l’histoire, seul un précise ce fait supplémentaire (et non des moindres) :

Selon une autre source policière, un autre engin du même type aurait été retrouvé près de l’Eglise Saint-Aubin, dans le centre-ville de Toulouse. La police l’aurait découverte la semaine dernière en plein après midi. L’information reste à confirmer.

Il se trouve que ce site, qui est le seul à avoir accès à cette « autre source policière », c’est Infos Toulouse et que, malgré son aspect « neutre » pour qui y jetterait un coup d’œil trop rapide, est en réalité tenu par l’extrême-droite radicale.

Qu’Infos Toulouse soit le seul site à relayer l’info qu’un deuxième dispositif a été retrouvé devant Saint-Aubin ne peut signifier que deux choses (assez proches) : soit des flics participent directement à ce site d’extrême-droite, soit les fascistes du coin sont suffisament potes avec des flics de Toulouse pour que leur soit révélé des infos auxquelles même La Dépêche n’a pas accès.

Dans chacun des cas, au fond rien de vraiment suprenant : les liens privilégiés entre la police et l’extrême-droite ont déjà été prouvées de très nombreuses fois, mais le fait que des fascistes puissent avoir accès à des infos policières est une chose qu’il faut savoir garder à l’esprit.

Flics, fascistes, assassins !

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