Lettre à un.e ami.e syndicaliste

Alors que nous battons le pavés pour un énième rassemblement contre la énième attaque de nos conditions de vie. Alors que, encore une fois, nous avons du mal à construire le mouvement social énergique et ambitieux qui renverserait un peu la tendance. Encore une fois les directions syndicales jouent un jeux dangereux et démobilisateur. Alors que faire ?

Salut, on se connait pas forcément, même si depuis bien longtemps on partage les mêmes AG, les mêmes luttes, les mêmes manifs. Si, si rappeles toi je suis celui ou celle qui n’a pas d’étiquette, pas de drapeau, et qui pourtant distribue des tracts, organise des blocages, prend la paroles aux assemblées... Trop politisé.e pour être un quidam, pas assez encarté pour être un.e camarade. Je suis un.e "Toto".

"Toto" bien sûr ça ne veut rien dire mais c’est bien pratique pour désigner ce qui déborde. Et si tu m’aimes bien c’est parce que quand, dans l’absence de mouvement, il faut bien du monde pour faire le travail politique. Mais, dès que ça frémit un peu, dès que la foule s’amasse ta vieille haine revient. Ton hégémonie est menacée, tu risques de perdre le contrôle et ça, perdre le contrôle, c’est hors de question.

Ici, à Toulouse d’où je t’écris ça fait deux manif que des types en gilet ciglé "syndicaliste pas voyou" font la chasse aux "totos". Surveillant les abords, relayant la sale besogne des flics pour soi-disant "empêcher les débordements", "protéger les lycéen.ne.s". Le jeudi 24 ça n’a pas manqué il fallait que les beignes partent. On a évité l’arrestation mais pas la dégradation d’un véhicule de la CGT. Une vitre cassée et quelques insultes. Franchement deux fois rien. Mais il paraît que ça vous a vexé.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? Est-ce que les "syndicalistes pas voyou" vont se laisser faire ? Pas sûr. De ce que l’on entend ça va s’organiser les idées fusent : enlever ces foutus gilets, trop repère, pour pouvoir chasser, infiltrer, dénoncer, arrêter, livrer aux flics les "casseurs". Scinder les cortèges pour isoler les "éléments pertubateurs". Les discussions avec la préfecture sont en cours pour peaufiner un dispositif de maintien de l’ordre conjoint.Déjà voilà quinze jours, en pleine manif, quelques uns de ces gilets jaunes se sont jetés sur un type, l’ont fouillé, forcément c’était un casseur, un vrai, ils ne l’ont pas livré aux flics, parce qu’aux alentours les gens n’étaient pas forcément d’accord. Mais ces gros bras ont pris des photos de tous les gens présents et de celui qu’ils ont tenté d’arrêter en particulier. Pourqoi faire ? Jouer aux vingettes Panini avec les flics et échanger les gueules qu’ils n’ont pas encore repéré ? Renforcer le fichier des keufs ? Cibler de futurs présumés casseurs ? Du coup jeudi, tu vas faire quoi ? Des patrouilles ex-gilets jaune et flics pour être cette-fois-ci plus efficace vis-à-vis de ceux qui ne se rangent pas sous tes bannières ?

Encore une fois j’ai les boules au maximum. Et pas seulement parce que tes organisations vont me cibler spécifiquement : comme casseur.e, pertubateur.e, toto, voir (comble du cynisme) comme flic infiltré.e. Aussi parce que tout cela va plus loin. Par l’organisation de blocage loin du centre ville, le choix des horaires, les non appels à la grève, tes organisations organisent la défaite et ce n’est pas la première fois. Revenons juste à 2010, "bloquons tout" qu’ils disaient, "on lâche rien"... Tu parles ! L’organisation minutée des blocages pour ne pas faire trop de mal à la sacro sainte économie. Nous nous sommes levées, oui toi comme moi, à 5h du matin, perdu des journées de boulot ou de repos, pour repspirer la fumée des palettes... Et tout ça pour servir de piétaille à des directions qui nous comptaient comme du bétail. Et aujourd’hui, alors que le mouvement s’est élancé dès début mars, les organisations sont debout, les pieds sur le frein pour tout centrer sur le 31 mars. Nous avons perdus un mois de moblisation, d’explications, de bataille...

Voilà très chèr.e camarade... Jeudi prochain toi et moi seront encore dans la rue et tes camarades vont désigner les camarades qui ne sont pas des camarades... Ils vont les traquer, les désigner et peut-être, voire certainement les livrer à la férocité policière... Il y aura des voyous et des syndicalistes. Il y aura la répression juste. Excuses-moi si je ne participe pas à ce maintien de l’ordre. Excuse-moi si je ne vois dans le débordement des stratégies de tes organisations, la seule voix possible pour mettre un frein à cet énième recul. J’espère que nous serons nombreuses à prendre la tangente ce jeudi, à rompre les rangs de la manifestation, à troubler a quiétude du centre ville. Nous ne gagnerons pas cette bataille par le comptage des présent.e.s. Alors dit à tes potes "syndicaliste pas voyou" qu’ils arrêtent de travailler avec la police pour le maintien de l’ordre, nous avons autre chose à faire que de se battre avec les syndicats. Il y a un mouvement social en cours, tu t’en souviens ? Et sans déconner, tu le sais bien que ce n’est même pas le quart de ce qui nous faudraient pour sortir un peu la tête de l’eau.

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  • 29 mars 2016

    Très bon texte qu’il serait bon d’imprimer et de tracter dans la manif du 31.

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