Sainte-Marie pleine de graisse.

Coucou mon amiE mince.

C’est ta copine grosse qui t’écrit.

Tu sais celle que de loin tu confonds avec ton autre copine grosse. Parce que c’est bien connu toutes les grosses se ressemblent. Ma voisine me ressemble, ma collègue me ressemble, ma pote me ressemble. Mais à quelle niveau ? Juste au niveau de la taille c’est ça ? Parce que je t’assure que ton pote le cemin ne te ressemble pas du tout, lui. Mais ça doit être un truc de gros ça.
Tu sais celle à qui tu dis, « mais non t’es pas grosse ». Ahah. Si, si je suis grosse, chériE. Ou bien encore mieux le fameux « mais t’es bien comme ça ». Merci de le décréter à ma place. Et même tu te permet de dire qu’il faut s’assumer. Bah ouais facile quand t’as la taille standard. J’attendais justement de savoir ce que tu en pensais, merci. Ou tu sais y’a ce moment où c’est comme si tu découvrais que j’étais grosse. « Ah mais ça se voit pas du tout ». Genre le petit détail. Et là soudainement quand je le dis, c’est …. le mal aise. Silence. Ah… Mais ça y est ça bégaye. Ou bien y’a les moments où tu me dis qu’il faut pas dire ça. « Arrête t’es pas grosse ». Pire de chez pire des fois tu peux même me comparer aux vraiEs grosSes. « Tu vois, elle, elle est grosse ».

Tu sais j’suis celle que t’as baisé, ou failli baiser en soirée. Trop bourré bien sûr. L’erreur de passage. Et avec qui t’en a jamais reparlé. Mais là c’est pas juste parce que je suis grosse que t’en as pas reparlé. C’est bien parce que t’es construit comme un gros lâche de mec-cis hétéro, qui préfère ignorer toutes sources de conflits. Mais donc tu m’as baisé ou tu as failli mais bien sur on en est resté là. Parce qu’il faut comprendre t’aime les physiques de magasines. Et vu que j’ai jamais eu confiance en moi j’me suis toujours dit que c’était normal. Qui aurait envie de construire un truc avec ça ? Mais avec le temps je réfléchis quand même. Et quand je vois que la majorité des gens en relation, en couple, en je sais pas quoi sont toutes et tous en quasi majorité des personnes normées de type mince et joliE je m’interroge. Quand même. Mais c’est peut-être juste que je suis moche. Mais pourquoi je suis moche ? Tu crois pas que c’est lié à mes bourrelets et à mon double menton ?
Enfin. J’ai pas envie de faire la rageuse, en disant quand même quand t’es mince la vie est plus simple mais quand même… j’ai du mal à ne pas le penser. Même si on a tous et toutes des rapports avec notre corps plus ou moins compliqué. Je sais qu’on est plus ou moins toutes en galère avec ça. Mais quand même… être mince c’est un paquet de problèmes en moins. C’est au moins commencer la vie du bon pied. Au moins avec l’un des deux pas trop tordus. Je dis pas que c’est la panacée. Mais ça aide à commencer avec un peu de confiance en soi. Et crois moi c’est pas du luxe.

Pour la petite histoire, si j’ai jamais eu confiance en moi, c’est bien parce que j’aimais pas ma carcasse. C’est bien parce que dans la cours de récré dès gamine on me regardait différemment, on me faisait remarquer que j’étais grosse. Alors soit disant c’est la pire période niveau cruauté humaine. Mon cul ! Ça a continué et ça continue encore. Dans ce milieux pseudo déconstruit ou soit disant on réfléchi mais on met en pratique que ce qui nous arrange, j’ai cru que ça passerait mieux. C’est juste que comme pour le reste on a fait comme si. Comme si c’était pas grave, comme si ça ne posait pas de problème. Comme si. Et la mascarade continue.

J’suis aussi celle que tu trouve bonne justement parce qu’elle est grosse. Parce que c’est aussi un truc pseudo-exotique. Alors j’avoue qu’à certains moments je suis flattée ou du moins soulagée de tomber sur des types qui me disent qu’ils kiffent mes formes. Qu’ils kiffent les « grosses ». Mais là qu’on s’entendent bien ils me kiffent parce que je fais partie des grosses « modérées » encore. Faut que ça rentre encore dans une certaine norme. Faut pas trop que ça déborde. Enfin… Si y’a aussi des gens qui kiffent les supers grosses. Mais c’est chelou. D’être encore une fois ramené à une enveloppe charnelle. Tu me diras que c’est le lot de tout un chacun… Moi j’ai l’impression que hormis mon gras qui prend trop de place il n’y a rien d’autre. Comment penser à autre chose quand tout se trop prendre trop de place. Comment laisser les autres me découvrir quand tout ce qu’il voit c’est mon gras.

Je suis celle a qui on dit qu’elle est grosse dans la rue. Et toi à côté, t’as été insultée aussi mais pas dans ta chaire. Pas au fond de toi, alors tu comprends pas.
Tu comprends pas que ça me ramène à la cours de récré, aux bails de famille, au médécin qui me dit faire plus de sport, à mon grand-père qui me dit de manger plus de soupe, que j’ai encore grossi. A mes soirées de boulimies non-assumées, à toutes ces fois où j’ai rêvé de chopper la plus grosse des gastros et de voir disparaître mon surplus de gras dans la chasse d’eau. Quand je réfléchis à toutes les stratégies possibles pour maigrir. Mais que j’ai trop honte d’en parler parce qu’autour de moi faire un régime c’est juste débile. Forcément... rare sont celleux qui ont ce problème. Quand je fais en sorte de rentrer au maximum mon ventre. A m’en rendre malade. Que je me cache dans des vêtements de plus en plus larges. Que je porte des jeans trop serrés. Que je garde ce pantalon dans lequel je ne rentrerai jamais, mais que peut-être un jour… ou peut-être que c’est juste pour me faire un peu plus de mal. Ces repas entre amiEs qui se transforment en torture. Ces repas en famille, la tête de ma mère plongée dans mon assiette, qui surveille le moindre truc que je met dans ma bouche. Toutes ces fois où j’ai dit que je détestais aller me baigner pour ne pas avoir à me dénuder. Ces fois où je crevais de chaud en plein été et que je supporter mes couches de vêtements pour ne pas mettre de jupes, de shorts ni même de débardeurs. Ces fois où j’ai prétexté ne plus avoir faim pour ne pas avoir l’air de « manger comme une grosse », et bouffer en cachette avant ou après. Ces fois où tu me disais à quel point t’étais trop grosSe toi ma/mon copaine mince. Quand mon plan cul me fais une réflexion sur mon poids. Quand je demande à mon mec si je le dégoutte pas. T’as déjà demandé à quelqu’un si tu le dégouttais ? Sur le coup ça m’a même pas paru bizarre de poser cette question. Mais quand j’y repense j’ai une boule au ventre. C’est d’une violence ma gueule. D’une telle violence. Comment un jour j’ai réussi à m’envisager comme un truc dégueulasse ? A ce point ?

Est-ce qu’à un moment tu t’es posé la question de savoir comment allaient tes amiEs grosSes ? Est-ce qu’à un moment tu t’es posé des questions sur leur confort affectif ? Sur leur sexualité ? Ce genre de truc. Je te parle pas de faire un enquête sociologique, mais de capter, à quel point t’es encore ultra privilégiéE.

Enfin ça va encore paraître comme un énième coup de gueule. Parce que j’ai pas de solution moi-même et je vois bien par qui je suis le plus attirée dans la vie. Et c’est souvent le stéréotype de tout ce que je critique. Donc j’vais pas te demander soudainement de kiffer les corps que tu exècre. Mais peut-être au moins d’y penser. D’y réfléchir.
Et quand t’es potes grosSes te filent de la lecture, des docu, des podcasts… ça te coûte rien d’y jeter un œil ou une oreille attentive. Pour vrai.

Alors heureusement, j’ai rencontré des personnes de très belles personnes. Des grosses qui se revendiquaient en tant que telle et mon regard à changer. Sur elles avant tout. Sur moi plus tard. J’ai appris à sublimer mes rondeurs. A les choyer. Et j’ai pas fini. Le travail est long. Parce que dans le fond je rêve encore d’être mince. Que chaque repas est une éternel prise de tête, que je m’en veux de ne pas aller à la salle de sport, que je me trouve naze de ne pas me bouger assez. Bref. J’en ai assez de me flageller. Je rêve tellement de m’apprécier comme je suis. Au delà de mon physique. Mais j’ai l’impression que tant que je n’aurais pas régler ce problème de poids je n’arriverais pas à m’envisager comme une bonne et belle personne. Comme si tous ce gras obstruait ma vue. Ma vie.
Alors je prends de la force de toutes ces meufs que j’ai croisé, qui s’assument ou essaient de le faire. Que je trouve belles par ce qu’elles sont et qu’elles dégagent. Par leur force. Celles qui m’ont aidé à me maquiller, à oser me faire et me sentir belle à des moments. Sans trop en avoir honte. Merci. Et Z.(tmtc) en premier lieux je pense à toi. Tu as changé ma vie. Vraiment. Et puis y’a celles qui sont venus après qui m’ont ouvert les yeux sur la grossophobie ordinaire. Merci. (Tiens c’est marrant mon ordi ne connaît pas ce mot).

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