Téléperformance Blagnac : demi victoire sur le flicage des salarié-es

La presse nationale et régionale a largement commenté l’info lancée par le responsable CFDT Téléperformance Blagnac : la « pause pipi » sera décomptée du temps de pause global et il faudra demander la permission pour aller au petit coin...

La presse nationale et régionale a fait état il y a 15 jours d’une drôle de vision de la « pause pipi » de l’entreprise Téléperformance concernant son site de Blagnac [1] (près de Toulouse). Ladite pause est (depuis le 23 mars) désormais déduite des 30 minutes de pause quotidienne — la direction a fait machine arrière le lendemain en CHSCT face au buzz journalistique et à la forte mobilisation des salarié-es : 50 des 140 salarié-es concerné-es en grève vendredi 25 mars de 14h à 17h à l’appel de SUD PTT avec le soutien de la CGT et de la CFDT qui a retiré au dernier moment son préavis de grève... Mais aussi peut être les réactions sur les réseaux sociaux comme par exemple sur la page facebook non officielle de Téléperformance Blagnac :

Approximations et erreurs journalistiques

Plutôt que de copier coller voire d’éditer les dépêches d’agence, il suffisait de lire le tract CGT du 21 janvier pour avoir une bonne idée de l’ambiance générale régnant sur le site. Le tract intitulé « Nous user avant de nous jeter ? » indique :

(...) La direction pense pouvoir faire passer en force ses projets concernant des nouvelles normes comme PCI (pas de stylos, pas de papier, pas de téléphone), ainsi qu’un règlement intérieur qui va à l’encontre des droits des individus. Elle souhaite l’imposer contre l’avis de l’inspection du travail et sans consultation des instances du personnel. (...)

Le tract CFDT du 22 mars permettait de comprendre l’ampleur de la situation concernant la réforme de la « pause pipi » . La demande n’est pas à faire « par mail » mais via un logiciel de gestion de flux d’appels dénommé CAV (centre d’appel virtuel), une pointeuse électronique, logiciel de plus en plus courant en centre d’appel et surtout de plus en plus sophistiqué [2]. SUD PTT, première organisation syndicale au niveau national depuis des années [3] dénonce dans un tract une « atteinte à la dignité » :

(...) [Le Centre d’Appel Virtuel], c’est avant tout, une surveillance accrue des activités des salariés avec une ingérence du donneur d’ordre, en vue de contrôler, notamment les pauses avec autorisation : il suffit d’appuyer via ce logiciel sur l’ icône « pause » , et si du « vert » apparait, alors soufflez « ouf ! » , ou allez « pisser » un bon coup... Ah non ! C ’est interdit maintenant, mais votre pause est bien acceptée.

Mais, s’il est en rouge, alors patience, votre pause est alors soit différée ("vous pourrez la prendre dans 5 heures "), soit refusée. Toutes les pauses sont comprises dedans : pause « pipi », déjeuner, panne, médicale, RH, historisation, etc...

Pour SUD c’est inacceptable, avec SUD on pisse comme et quand on veut ! (...)

Par ailleurs ce logiciel vise à réduire de 90 à 20 secondes le temps entre deux appels, la convention collective ne prévoyant que 6 secondes de « récupération » ! Mais surtout le plus contestable est que ledit logiciel est géré par le client / donneur d’ordre (SFR-Numéricable [4]) lui même ! Ensuite l’ « entreprise » Téléperformance n’est rien d’autre que le leader mondial de l’« outsourcing » càd de la sous-traitance avec environ 182 000 salarié-es dans le monde (dont environ un peu plus de 7 000 salarié-es en France) et une présence dans 62 pays pour 275 centres d’appels [5]. Par ailleurs le CHSCT et le CE, dont la consultation est obligatoire, ont été simplement court-circuités en toute illégalité : les mauvaises pratiques sociales de Téléperformance sont pourtant monnaie courante, en particulier contre les élu-es syndicaux comme le rappelait la CGT dans son tract du 13 janvier 2016 :

(...) Menace de retrait sur salaire, demande de justificatifs qui ne sont pas à fournir, complication des règles pour prendre les heures de délégation sont venues s’ajouter aux tentatives d’intimidations exercées par la RRH dans son propre bureau et nous ne parlerons pas d’attitudes persistantes envers les représentants CGT qui pourraient s’apparenter à de la discrimination syndicale. (...)

Le PDG et co-créateur Daniel Julien a touché en 2014, 3 998 226 € (+2,9%) de rémunération, soit le 2ème salaire de l’indice boursier SBF 120 et même pour 2015 une rémunération de 4 787 640€ (+20%) tandis que les actionnaires se partageaient 52 625 554,80 euros soit 0,92 euro brut par action (+15%) en 2014 et 68 642 028,00 € soit 1,20 euro brut par action (+30%) en 2015... Enfin, ce problème de « pause pipi » est un classique de tout travail posté, en particulier dans les centres d’appels prestataires : ce qui est scandaleux à Téléperformance Blagnac ne l’est pas moins pour les autres millions de salarié-es concerné-es.

P.-S.

Si vous avez des témoignages vous pouvez les transmettre à contact.iaata@riseup.net

Notes

[1situé sur la ZAC Andromède, premier écoquartier de Toulouse Métropole (209 ha)

[2La simple pointeuse qui au départ gère aussi les pauses, peut aussi désormais remplacer le cadran téléphonique, intégrer une messagerie instantanée pour dialoguer avec le superviseur (voire ses collègues), enregistrer une conversation, etc.

[327,5% des voix aux élections professionnelles en 2012, 26,3% en 2015 toujours sans avoir présenté de liste dans le collège cadre !

[4Début avril, annonce 3 000 licenciements chez ses sous-traitants dont Téléperformance

[5Plus gros centre d’appel au monde à Athènes : 3800 salarié-es en 2016 y travaillent en 35 langues 40h/semaine pour 850€ net/mois

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