Une sénégalaise en quête d’explications : prostituées VS TDS

"En 2018, il y a toujours des appels au 8 mars « féministes » qui parlent de système prostitutionnel renforçant le fantasme d’un système qui n’est pas la réalité de tou-te-s les travaill-eur-euse-s du sexe et cela les exclut de fait des mouvements." Extrait de cet article
J’avoue que j’ai dû mal avec cette position. Je suis sénégalaise et pour moi lutter contre le système prostitutionnel n’est pas lutter contre les travailleuses.eurs du sexe.

Au Sénégal, ou du moins dans la région de Thiès, on distingue les "prostituées" qui subissent le système prostitutionnel (exploitées par des réseaux de trafiquants d’être humain et en particulier des femmes et des enfants, ou qui fuit la misère) et les "travailleuses.eurs du sexe" qui choisissent de faire de la prostitution leur métier. Les premières sont clandestines et exploitées. Les secondes sont déclarées et ont des carnets de suivi sanitaire. Il y a aussi de plus en plus de jeune femme qui pratique le "Mbaraan" pour fuir la misère et avoir une vie "meilleure" ...

A ne revendiquer que les travailleuses.eurs du sexe, j’ai l’impression que vous oubliez tou·te·s mes sistahs qui sont arrivé·e·s en Europe via des réseaux et contre leur gré ou alors en leur ayant promis des métiers d’aide à la personne et qui, pour moi, sont "prostitué·e·s" (parce que contre leur gré) et qui sont pour la plus part celles que j’ai vu vers les minimes quand je suis arrivée à Toulouse ...

Donc pour moi, dire que l’on est contre le système prositutionnel n’est pas être opposée aux travailleuses.euses du sexe. C’est être opposé à un système qui exploite, viole, et vend des femmes et des enfants.

De plus, il y a eu sur le 8 mars à Toulouse, une banderole qui m’a laissé perplexe : abolition = SIDA ... Cela sous-entend-il que dans les pays où la prostitution est légale, la réglementation a résolu le problème du SIDA et des clients qui ne veulent pas de protection ? si c’est le cas, je suis dubitative, et les échos des sistahs allemandes ne sont pas celles-ci ... Bref, une banderole écrivant "réglementation = esclavage des femmes" ou "réglementation = collaboration avec la traite des femmes et des enfants" m’aurait tout autant semblait débile ...

Penda D.

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  • 5 mai

    Salut salut

    Alors, je te réponds en tant que moi, personne Travailleuse Du Sexe. Ce n’est donc pas objectif, et je ne me permets ni de parler pour tout.e.s les tds, et encore moins pour celles que tu appelles les prostituées qui subissent le travail forcé. Par ailleurs, ça aurait été sympatoche de ne pas mettre entre guillemet ces termes, qui ne sont pas des appellations, mais des réalité de vie (je ne suis pas "pute", je suis pute, point).

    Ce n’est pas nous, ni nos alliées, qui ont décidé de mettre dans le même panier travail forcé et travail choisi, c’est l’état, avec sa super loi de lutte contre le système prostitutionnel, qui choisi de faire de pleins de réalités différentes une seule et même chose, une sorte de monstre chimérique. Et cette loi, si on regarde bien, ne règle aucun problème, surtout pas celui des réseaux. ça nous a juste tout.e.s mega précarisé, ça a juste fait qu’on se retrouve tout.e.s à accepter des tarifs de plus en plus merdique, des conditions qui étaient jusque là complètement inacceptable (genre la fellation nature qui connait un boom sans précédents) et cette réalité, on la mange tout.e.s de plein fouet, dans la rue, dans les hôtels, qu’on soit déclaré.e.s ou pas, qu’on soit pute par choix ou pas. Alors non, écrire abolition=SIDA, c’est loin d’être débile, ça ne veut pas dire que la légalisation du tds va empêcher la transmission, ça veut dire que sous les système abolo, tout devient pire. Et c’est pas moi qui le dit, c’est les stat. Il n’y a qu’à voir en suède ce qu’a donné abolitionnisme.

    Quand je lutte pour que mon taf soit reconnu comme tel, je ne lutte pas pour des réseaux et c’est toi ici qui décide que je me m’en tape des mes collègues de rue, qui, à Toulouse, ne sont souvent pas là par choix. Si je ne parle que de tds sur mes tag ou mes banderoles, c’est parce qu’il me semble aberrant de militer pour le légalisation du travail forcé (logique non), et que la lutte contre les réseaux, ben je veux bien être sympa, mais je ne peux pas y faire grand chose, à part aller à Griselidis pour filer un coup de main ou lutter contre le capitalisme (en vrai je ne vois aucune autre solution que la fin des frontières et de l’économie libérale et l’état, mais si t’en as, je prends, je dis ça sans ironie) . Je ne considère absolument pas toutes les réalités liées à la prostitution comme une seule et même chose, et non, je ne vais pas arrêter de militer pour mes droits parce que cela donnerait l’impression que je nie les personnes qui sont forcées à la prostitution. Encore une fois, ce n’est pas moi, ni mes allié.e.s qui décident de faire cet amalgame, c’est mon ennemi favori, c’est l’état français.

    J’espère que ma réponse n’est pas trash pour toi, ce n’est pas le but, je veux juste te faire part de ma réalité et de la complexité de cette problématique.

    A.

    Ps : sinon, en ce moment, les putes on prend cher, il y a un gros retour en force de l’abolitionnisme dans tous les milieux, des tracts abolo sont distribués en manifs libertaires en mode normal, on peine à s’organiser, il n’est pas loin le temps où l’on sera muet.te.s, et ce genre de texte y est pour beaucoup, même si ce n’est pas le but. Et je ne milite pas pour une réglementation du tds, mais pour son acception comme un taf indépendant, je te rejoins quand au fait que ça ne change finalement pas grand chose de bosser dans une maison sous l’égide d’un patron ou parqué.e.s dans une zone où il est jugé acceptable de laisser des putes faire leur taf. L’Allemagne et la suisse ne sont pas, selon moi, les modèles à suivre, ils sont juste moins pire. Pour la personne du commentaire, hésite pas à faire un tour chez Griselidis, tu pourras sans doute y trouver des infos sur les besoins et réalités de vie des meufs qui bossent dans la rue.

  • 4 mai

    Merci pour cet article. C’est important d’entendre cette voix, j’ai souvent cette impression qu’on passe complètement sous silence les personnes qui n’ont pas choisi la prostitution.

    Perso je ne suis pas concernée donc en général je préfère fermer ma gueule sur ce sujet. Et je trouve ça triste de fermer ma gueule quand je passe à certains endroits de toulouse où jour et nuit des personnes font le trottoir, des personnes qui sont peut-être dans des réseaux de prostitution, qui sont peut-être migrantes, sans pap, qui sont peut-être vulnérables parmi les vulnérables et tout sauf libres. Tout ça c’est des "peut-être" parce que j’en sais rien.

    Et du coup je pense à l’inivisibilité des femmes migrantes en général et plus particulièrement des femmes migrantes prostituées. Invisibles dans les réseaux de solidarité aux migrant-es, invisibles dans les réseaux féminisites. J’ai trouvé cet article : http://www.crepegeorgette.com/2016/04/20/prostitution-linvisibilite-femmes-migrantes/

    Et du coup à quel moment on est solidaires de ces personnes là ? Est-ce qu’on pourrait en discuter à un moment, essayer de s’organiser ?

    Après je suis peut-être pas bien informée, alors infos et propositions bienvenues

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