Sous les pavés, la schlague ! Le quartier d’affaire ne fait pas notre affaire

Toulousaines, toulousains, ce qui s’inaugure ici ce n’est pas seulement quelques mètres carrés de pavés chèrement payés. C’est une certaine vision de notre avenir commun, marquée par la volonté de faire de la ville tout entière une machine à pomper nos sueurs, notre travail, pour conforter la richesse de quelques-un.es.

Le pavement de ces rues, comme ce qui a déjà été fait dans l’hyper centre, est la partie visible d’une entreprise de transformation de l’espace où nous vivons, impactant nos habitudes, nos trajets, nos relations, nos vies tout entières. Non pas, comme les élus, urbanistes et architectes se plaisent à dire, pour « améliorer notre cadre de vie » mais bien pour en faire le terrain de jeu de ceux et celles qui auront les moyens de payer pour être là. Pour les autres, pour nous, ce sera loyers en hausse, relégation au loin, augmentation des temps de trajets domicile-travail, restriction de la sociabilité.

Sous les pavés, une sommation de déguerpir !

Dégage sale pauvre ! Trainard, mendiant, trimard, zonard ! Place à une population qui a de l’avenir, du pouvoir d’achat, des chaussures italiennes et des vélos électriques. Cette rue Bayard sous caméras annonce le futur quartier Toulouse Euro Sud Ouest, mélange de bureaux, appartements de luxe et centre commerciaux. La stupide tour de 150 mètres en symbolise la démesure et l’inutilité. Toulouse ne manque ni de bureaux, ni de commerces et n’a certainement pas besoin d’appartements de luxe. Ce qu’il faut ce sont des appartements abordables, confortables et adaptés pour toutes celles et ceux qui se trouvent dans la galère, mal logés ou à la rue. Les quartiers Jolimont, Marengo, Bayard n’ont pas besoin de vivre dans l’ombre d’une tour et de servir de parking à un quartier d’affaires.

Les élu.e.s ne cessent de se tromper et de nous tromper.

Non, il n’y aura pas d’embellissement, non il n’y aura pas de richesses à partager. Nous n’allons pas tomber dans le panneau du progrès et des lendemains qui chantent !? Ils nous ont fait le coup de la ville nouvelle : à Empalot et au Mirail ; des nouveaux centres : St George, Compans Caffareli ; et aujourd’hui ils veulent que l’on croit aux écoquartiers, aux rues piétonnes, aux gares multimodales et à la "mixité sociale". Pouah ! Gestionnaires cupides tout juste bons à nous faire oublier leurs échecs répétés.

Ce qui arrive ce n’est ni plus ni moins que la ruine de nos habitudes, de nos relations, de ce que nous aimons faire, là où nous nous plaisons à vivre. Pas maintenant, pas d’un coup, mais progressivement, lentement, inexorablement, si nous les laissons faire. Et toutes leurs concertations ne servent qu’à nous faire avaler des couleuvres. Leurs discours, leurs affiches, leurs projections, leurs publicités, leurs études ne font que masquer la dépossession totale du choix sur où et comment nous voulons vivre et sur ce à quoi nous voulons occuper nos jours et nos nuits.

Nous pouvons, nous devons, décider et organiser, ce que nous faisons là où nous habitons.

Nous nous adressons à celles et ceux dont le labeur construit cette ville, à ceux et celles qui ne veulent pas s’épuiser dans des besognes inutiles, à celles et ceux qui veulent vivre ici, simplement dans la joie des sourires amis et la chaleur des solidarités quotidiennes. À celles et ceux qui veulent participer de la beauté des choses et de la transformation du monde.

De chacun.e selon ses moyens et à chacun.e selon ses besoins.


Empêchons par tous les moyens les aménageurs, les promoteurs et les gestionnaires de nous imposer leur ville de pavé gris et de tours de bureaux... pour commencer !

P.-S.

Texte écrit à l’occasion de l’inauguration de la rue Bayard.

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