La fin d’un campement, le début d’une nouvelle zone d’aménagement pour les riches

Ce lundi 10 juillet, à 7 h du matin, à commencé la destruction du campement de Ginestous et l’expulsion de ses habitants. La mairie parle d’un relogement pour la plupart des habitants, en réalité bien moins de la moitié a pu avoir une vraie solution d’hébergement.

Expulsion « définitive » du camp de Ginestous.

7h30 le 10 juillet 2017, nous assistons à l’évacuation historique du campement de Ginestous, au nord de Toulouse. Présents sur place en très grand nombre, des camions de CRS, la Police Nationale, la BAC, ainsi que des journalistes de France 3, La Dépêche, France Info.
Les personnes de la mairie venues ce matin restent groupées, ne donnant que très peu d’explications aux questions d’ordre pratique : Qu’est-ce qu’on fait de nos bagages ?, Pourquoi monter dans ce bus vert ? Les camions prévus pour les cartons ou bagages vont-ils passer ? Et surtout : Où est-ce qu’on va ? Pas de traducteurs, des infos approximatives circulent tant bien que mal. Les quelques personnes venues en soutien essayent de relayer le plus d’infos possible.
L’adjoint au Maire Daniel Rougé arrive, il reste avec les gens de la préfecture sans jamais adresser la parole aux habitant.e.s. Pourtant, c’est lui qui est chargé de la Coordination des politiques de solidarité et des affaires sociales, de la Prévention et de l’exclusion, et quelques autres fonctions semblables (il est aussi Conseiller Métropolitain pour Toulouse Métropole) ; pour illustrer un peu sa façon d’agir, il affiche une position anti-squat et anti-campements en se déclarant contre « l’organisation de la précarité ». Ainsi, il défend fermement son refus (qu’il appelle incapacité) d’assurer l’accès à l’eau et à l’électricité sur les campements lorsque Médecins du Monde et d’autres associations tirent un signal d’alarme en 2016.
Ginestous, c’est sa plus grande œuvre, car le campement est historique (depuis 1951) et cette évacuation sera la dernière, puisque sur ce terrain un golf est prévu pour 2019. (Voir article dans la Dépêche http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/10/2532832-ginestous-lancement-golf-9-trous-ginestous-ouvrira-2019-2019.html)
Ce matin-là, les familles qui ont une voiture suivent les deux bus qui transportent le reste des gens ; il y en a qui ont pris leurs cartons dans le bus, il y en a qui les ont laissé sur place en croyant qu’ils allaient pouvoir revenir, ce qui n’a pas été le cas pour certains. Direction gymnase de Lalande, où l’étape de relogement allait être entamée.

« Vous n’êtes pas sur la liste, on ne peut rien faire pour vous »

Au mois de mai, la mairie est venue a Ginestous pour faire un recensement des familles qui habitaient sur place ; sur les 400 personnes, dont des gens du voyage, des albanais et serbes, des roumains et bulgares, seules les familles roumaines et bulgares se retrouvent sur cette liste avec possibilité d’avoir une solution d’hébergement.
Vers 9h, les familles se rassemblent autour des grilles devant le gymnase. La police municipale garde l’entrée et fait souvent office de médiateur entre les gens de la mairie qui sont à l’intérieur du gymnase et les familles qui restent dehors à attendre. Une représentante de la mairie vient avec cette fameuse liste et laisse passer les gens au compte-gouttes. Les associations France Horizon, Soliha et la Croix Rouge sont dans le gymnase aussi. Elles ont été désignées par la mairie pour s’occuper des familles qui allaient être relogées dans des appartements.
Peu à peu, certaines familles vont à l’intérieur, mais des gens paniquent, car leurs enfants sont à l’intérieur tous seuls, les conjoints sont séparées, les familles élargies se retrouvent séparées. On se croirait à une opération de tri du bétail.
Nous nous rendons compte que certaines personnes ne figurent pas sur la liste : des fois il s’agit d’un conjoint, des fois un couple, ou des enfants. Quelques erreurs sont corrigées au stylo, mais les personnes qui sont rajoutées après coup ont peu d’espoir d’obtenir un hébergement.
Tout d’abord, des familles sortent dans des minibus, direction nouvel appartement, accompagnées par des travailleur.euses sociales. Mais plus inquiétant, des personnes commencent à sortir du gymnase, franchissent le grillage et nous montrent un papier : 2 à 7 nuitées dans un hôtel à Balma et c’est tout. Il faut qu’ils et elles se débrouillent toutes seules pour aller chercher leurs bagages sur le campement, ensuite se rendre à cette adresse qui est trop loin, et après ? C’est la rue, pas de solution.
Dans ce cas là, il y en a qui ont préférée de ne pas y aller, ça vaut pas le coup de faire toute cette route pour 2 nuits, autant commencer à chercher un nouveau terrain tout de suite.
Des femmes isolées se sont vues recevoir 3 jours à l’hôtel, voire rien du tout. Des femmes enceintes ou avec des enfants en bas âge n’étaient pas sur la liste, elles ont dû attendre dehors pendant des heures, sans accès aux toilettes, sans eau ni un endroit où s’asseoir.
A 14h, restaient 10 personnes devant la grille dont un couple, une femme seule et un homme seul sans aucune solution qui leur soit proposée. Les deux hommes travaillent depuis plusieurs années et sont passés au travers du recensement. Les représentants de la préfecture nous disent avoir fait un « très bon travail déjà et que ça suffit maintenant ». Une famille avait refusé d’aller à l’hôtel, ils ont changé d’avis une demi-heure après, mais aucun transport ne leur est plus accordé. Ils devront se débrouiller seuls pour aller rechercher leurs bagages et trouver l’hôtel. Ils se verront offrir une chambre pour 7 nuitées au troisième étage sans ascenseur alors que dans la famille se trouve une dame âgée souffrant de problèmes cardiaques. Enfin une dizaine de personnes, déçues de ne se voir offrir que quelques nuits d’hôtel sont parties chercher une autre solution par eux-mêmes, souvent des personnes isolées.
Derrière nous, au camp de Ginestous, tout sera détruit : caravanes, cabanes, meubles et objets personnes laissés derrière. Une association pour la protection des animaux se charge de récupérer chats, chiens et lapins laissés sur place.

Et pour finir, un golf…
Les travaux du Centre d’Entrainement et de Développement Régional de golf vont commencer cet automne, mais nous avons déjà aperçu un début de chantier sur place.
Sur la page de la ligue Golf Occitanie on trouve ceci : « Desservi par la principale ligne de bus toutes les huit minutes, à deux minutes des usines AIRBUS, à 300 mètres des installations sportives du TOAC , à 300 mètres des installations du Stade Toulousain, à 200 mètres du futur club de Polo, à 150 mètres des tennis de l’Olympe, à 100 mètres du Centre Equestre toulousain, à 1000 mètres du Toulouse Aviron (soit 10 000 sportifs et 20 000 salariés dans un rayon d’un kilomètre). »
Dans un article de la Dépêche de mars 2017, on explique « l’utilité » incontestable de ce golf à 1,8 millions d’euros qui occupera 17 hectares et nécessitant 10 000 m3 d’eau par an pour l’arrosage (soit disant écologique car l’arrosage se fera avec des eaux usées traitées par Véolia). Il s’agit d’un terrain inondable, la dernière inondation date de juin 2000 avec en moyenne 1m d’eau qui avait recouvert une grande partie de ce lieu.
En 2015 les écologistes avaient voté contre ce projet, qui est finalement passé. La mairie a donc cédé à la Ligue Occitanie de Golf un bail emphytéotique, c’est à dire une location à prix modique sur une durée de 99 ans… Quand on pense que les gens du campement n’avaient accès qu’à un seul point d’eau pour 400 personnes, on peut s’interroger sur le genre d’urbanisme qui continue à se répandre comme une plaie à Toulouse.

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