Ciné-club cybernétique

Ciné-club du mois de novembre au Local, 6 rue Pique-Mil

Quel est le point commun entre …

- un système de téléguidage de missiles, un compteur Linky, la LGV, la vidéosurveillance et la vidéo-verbalisation
- la statistique, le capitalisme et les sciences cognitives, la gestion écologique de production de l’énergie et des déchets, la démocratie 2.0, Amazon, les fablabs
- et finalement, la marchandisation du temps et du vivant et toutes les formes de gestion de l’humain ?

Le ciné-club du Local ouvre ses portes sur le monde de la cybernétique !
Au mois de Novembre, nous essaierons d’élaborer une définition assez large de cette science et de ses évolutions historiques et épistémologiques. Puis, au mois de décembre nous tenterons d’analyser les dispositifs cybernétiques de la métropole en abordant ses applications concrètes dans l’idée de Smart city, de démocratie participative, d’écologie 2.0 et des différents dispositifs de contrôle. Ce second volet du programme paraîtra au cours du mois de novembre.

Les mercredi 7, 14 et 21 novembre seront donc consacrés à la trilogie Sous la Surveillance protectrice de Machines pleines d’Amour et de Grâce, réalisée en 2011 pour la BBC par Adam Curtis. Cette série documentaire revient sur la montée en puissance des machines. Elle aborde la manière selon laquelle la cybernétique a constitué depuis son apparition un fond idéologique tant pour les sciences de l’époque que pour une nouvelle appréhension de l’individu et des techniques innovantes de gouvernement, à l’heure où les ressorts traditionnels du pouvoir étaient mis en crise. Ces épisodes sont visionables séparément. Le mois se clôturera sur le visionnage du blockbuster Terminator 2 de Paul Verhoeven (1984) et tentera d’ouvrir le débat sur les acteurs et les concepteurs de projets cybernétiques, la prise en compte de l’impact de leurs expérimentations dans le monde et les actions possibles. Nous tenterons, à chaque séance, de lancer des discussions sur les nombreuses pistes de réflexion que ces films nous ouvrent.

Mercredi 7 Novembre, 20h : CYBERNETIQUE ET ECONOMIE
Sous la Surveillance protectrice de Machines pleines d’Amour et de Grâce, épisode 1.
Cet épisode aborde les liens entre la cybernétique et l’idéologie libérale, le tournant néo-libéraliste, pris dans un contexte de perte de foi en les politiques classiques. Nous compléterons cette séance d’une courte vidéoconférence de Jacques Fradin sur les liens profonds entre cybernétique et économie.

Mercredi 14 Novembre, 20h : CYBERNETIQUE, ECOSYSTEME ET SOCIETE
Sous la Surveillance protectrice de Machines pleines d’Amour et de Grâce, épisode 2.
Si la cybernétique établit un réseau entre la totalité des opérateurs, relève les actions des composantes et tente de prédire les transformations qu’ils opèrent sur le tout, ce qui relevait d’une appréhension informatique fut rapidement appliqué à l’ensemble du monde : système Terre, système social, écosystème. Nous verrons avec cet épisode comment la notion d’écosystème ainsi que certaines remises en cause de la société hiérarchique (utopies communalistes hippies des années 1970 etc) furent directement issues des théories cybernétiques.

Mercredi 21 Novembre, 20h : CYBERNETIQUE ET INDIVIDU
Sous la Surveillance protectrice de Machines pleines d’Amour et de Grâce, épisode 3.
Lorsque la planète et la société ne sont que des systèmes, les individus n’en constituent fatalement que des composantes. Mais une théorie aussi mécaniste peut-elle être appliquée à l’humain sans conséquences ?

Mercredi 28 Novembre, 20h : LA RESPONSABILITE SCIENTIFIQUE
Terminator 2, Le jour du jugement.
Nous pourrons nous détendre lors de cette dernière séance devant ce classique du film d’anticipation, qui permet d’ouvrir des pistes de réflexion intéressantes sur la notion de la responsabilité scientifique. Car il y a toujours des acteurs derrière la recherche, et qu’il est toujours bon de rappeler que la neutralité de leurs découvertes est une illusion.

La cybernétique, en ses débuts dans les années 1940, se présente comme une science des machines. Elle va d’abord tenter de créer des systèmes permettant de prévoir l’évolution de processus plus ou moins complexes et d’autonomiser des prises de décisions simples. Pour ce faire, elle se base sur une mathématisation, une codification du réel en informations ou données, afin de pouvoir les traiter. Le quadrillage du réel par la méthode scientifique n’est pas un fait nouveau, mais l’apparition des ordinateurs à cette période permettra de décupler la puissance de calcul de ces dispositifs. C’est donc une incitation à traiter de cette manière n’importe quel phénomène en étendant drastiquement les champs d’applications de la systématisation, du calcul et de la prédiction.
Dans un contexte de seconde guerre mondiale puis de guerre froide, le domaine militaire fut le premier lieu d’expérimentation des théories cybernétiques. On conçut alors les premiers systèmes radars, les prévisions de trajectoires de missiles sur cible mouvante… Cette science de pointe de l’époque ne tardera pas à s’étendre, et à intéresser de nombreux chercheurs. Les conférences Macy (1941-1956), réunirent alors des intellectuels de branches aussi diverses que la psychologie, l’anthropologie, les mathématiques, la physique, l’informatique naissante etc. Progressivement, ce sont à la fois des courants de pensée – école de Palo Alto, structuralisme, etc – , et différentes disciplines telles que l’informatique, l’écosystémique ou les sciences cognitives qui naîtront des principes de la cybernétique.
Ce terme succombera pourtant aux effets de mode et tombera assez vite en désuétude, quand bien même il aura provoqué un bouleversement complet du système productif, de l’économie, et jusqu’à la conception même de l’individu, de son environnement et du monde. En effet, très vite arrivera la tentation de considérer l’ensemble du vivant selon les mêmes principes que les machines : possibilité d’individualiser chacune de ses parties, de les nommer, les quantifier et de les concevoir comme des composantes d’un vaste système. Possibilité donc, de prévoir les effets d’une action et ses conséquences sur l’ensemble du système qu’elle vient modifier ce faisant, selon l’un des principes essentiels de la cybernétique appelé la rétroaction. Cette capacité d’une machine à prendre en compte l’effet de ses actions antérieures puis à modifier son comportement n’est autre qu’une tentative d’imitation du processus d’apprentissage et par là la création des premières Intelligences Artificielles. L’environnement, la société, l’individu, pouvaient alors être mécanisés et systématisés.
Summum de positivisme, cette science se complaît dans l’illusion de pouvoir recenser et mettre en tableau et en équations la totalité du monde. Elle a ainsi tout intérêt à ignorer, au détriment d’un sérieux scientifique aussi bien que de considérations philosophiques, la part d’inconnu, de turbulence, d’imprévisible et de réel du vivant.
Dès ses origines, la cybernétique niait et luttait contre le principe d’entropie (principe d’imprédictibilité du monde) par des énoncés performatifs, tels que l’idée d’une auto-régulation inhérente des systèmes. Ainsi, elle est à l’origine du concept d’écosystème comme équilibre immanent de la nature, et d’expérimentations sociales comme les communes hippies comme dans années 1970, qui théorisaient cette idée prétendument naturelle d’une auto-régulation de la société. Cela n’est pas sans rappeler, en économie, le fondement même du libéralisme, ce fameux principe de la main invisible. Ce qui se présentait alors comme un modèle neutre, scientifique, objectif, est ainsi devenu la base idéologique d’une gestion et d’un gouvernement se détachant toujours plus des moteurs et revendications politiques traditionnels (souveraineté de l’action politique, hiérarchie sociale...).
Rappelons que la cybernétique, dont l’origine étymologique grecque est le gouvernail, peut constituer un principe de gouvernement aussi bien pour les machines que pour les hommes. Il y a ainsi une descendance directe entre les principes posés par cette science oubliée qu’est la cybernétique et des formes de gouvernementalité actuelles qui pourtant ne s’en revendiquent pas.
Nous pensons que s’intéresser à ce sujet permet de mettre en lumière des logiques constitutives des sociétés dans lesquelles nous vivons.

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