Une analyse pour une autodéfense contre les violences sexistes 2/3

Cet article et ceux qui suivront viennent d’ateliers sur les violences sexistes, d’un atelier d’une thérapeute féministe en psychotraumatologie, de mon expérience personnelle et de celles qu’on se raconte entre copines.

Trigger warning : la lecture de cet article peut faire remonter des angoisses dues à des violences

2. LA MÉMOIRE ET LE(S) TRAUMATISME(S)

Une des conséquences des violences est la mise en place par les cibles de stratégies de survie mentale (toutes violences confondues). Le cerveau, ce merveilleux organe, a à disposition tout un tas de pare-feux, qui lui permet de pas "exploser". Cette partie est très vulgarisée, je m’excuse si tout n’est pas scientifiquement exact et là encore vous pouvez lire ceci (https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/introduction.html) ou (http://assopolyvalence.org/infos/informations-sante/mecanismes-psychotraumatiques/apathie-et-sideration/)

2.1 La mémoire traumatique

Comme on l’a vu dans l’article 1, une personne cible de violences a intériorisé le système de son agresseur. Cible se voit comme lui la perçoit, la définit, la nomme.
Ça passe par la culpabilité, ou la perception de son corps, de son caractère etc.
Cette intériorisation se maintient après une rupture tant qu’elle n’est pas passée dans la version « normale » de la mémoire (= mémoire autobiographique).
La mémoire traumatique peut être déclenchée par un épisode tellement violent que le cerveau va aller stocker les informations dans une zone inhabituelle et inaccessible.

Dans cette zone, les souvenirs vont pas être datés comme il faut, ou complètement oubliés pour un moment, le contexte va être flou etc. Et du coup, ils vont revenir « hanté » la personne via des cauchemars, des flash-back, des sensations cheloues, des pensées qui vont venir à l’esprit de façon incontrôlées. Ça peut aussi se traduire par des angoisses incompréhensibles, des odeurs qui font gerber, bref la palette est assez large.

Là ça se corse, suivez bien :

La personne peut développer des comportements de contrôle et d’hyper vigilance
et/ou
des conduites dissociantes pour s’anesthésier (de la "douleur" passée)

Et ces deux trucs sont PARADOXAUX – du coup, ça peut vite donner l’impression d’être fou/folle. Parce la personne comprend pas ce qu’il se passe, les proches non plus et les soignant.es (non formé.es) non plus. Là c’est assez souvent la cata.

Les comportements de contrôle (les troubles alimentaire, épisode maniaque...) et d’évitement (obsessions, monde imaginaire, ne plus sortir etc.) sont hyper handicapants et rarement mis en lien avec le trauma (insomnies, douleurs, troubles de l’attention, parano).

Les conduites dissociantes sont franchement dangereuses aussi car elles entraînent la remise en scène du trauma et par ricochet la répétition du schéma relationnel. Donc, tu arrives à quitter un type violent et hop, t’en trouve un nouveau ! (par exemple).
C’est comme si le cerveau avait peur du nouveau, même si c’est plus sain. Y a comme un équilibre entre l’angoisse du neuf et la douleur que ça provoque et la violence et la douleur connue et maîtrisée et le cerveau va considéré un moment que l’angoisse est pire. Et le cerveau va se shooter à la dissociation car cet état anesthésie la vague d’émotions trop intense à gérer !

2.2 La dissociation traumatique chez les cibles

Il y a :
- la dissociation qui a lieu pendant l’épisode traumatique : en gros sous le choc, le cerveau ne va pas traiter la situation « normalement » et certaine personne peuvent vivre un truc bizarre où elles se sentent comme « pas vraiment » dans leur corps, comme si tu te regardait d’en haut sans vivre le truc horrible qui est en train de se passer.
- la dissociation après l’événement, où l’épisode stocké dans la mémoire traumatique va resurgir d’un coup, et si c’est trop fort, ça disjoncte.
- Après beaucoup de situations traumatisantes, certaines personnes développent des identités parallèles dans lesquelles sont conservé les traumatismes.

L’état de dissociation est lié au relâchement de substances anesthésiantes/ euphorisantes dans le cerveau qui permettent de pas exploser.

Parfois, un trigger (déclencheur) va venir bloquer la contextualisation et le traitement normal d’une info. Cela entraîne et/ou :
- une angoisse extrême
- une nouvelle dissociation : qui peut être associé à du plaisir/ sentiment agréable, ce qui peut entraîner un sentiment de folie car les réactions sont surprenantes et inappropriée et conduit à la minimisation par la cible.
- la sidération (incapacité à réagir)
- anesthésie mentale avec parfois amnésie

Cela peut être différent à chaque fois, ce qui produit de l’instabilité et des sentiments de folie.
C’est très déstabilisant, genre tu te vois en train de faire un truc que tu veux pas faire du tout mais t’arrive ni à reprendre le contrôle ni à mettre fin à la situation. Ou alors tu vires en crise d’angoisse.
Le cerveau coupe la personne de ses réactions émotionnelles et ressentis.

Ce mécanisme de survie a un coût très important et peu se pérenniser. il va toucher les capacités affectives et relationnelles de la personne traumatisée, l’expression de sa personnalité, et ses possibilités de réagir face à des dangers, de se défendre, s’opposer et se révolter, l’exposant à un risque important de subir de nouvelles violences, d’être mise sous emprise, et de vivre des situations de mise à l’écart. La dissociation est également corporelle et elle entraîne des difficultés à voir les signes d’alerte et de souffrance, avec un seuil élevé de tolérance émotionnelle à la douleur et au stress. La dissociation traumatique a un impact aussi sur la santé physique et peut être à l’origine d’amnésie traumatique. Elle est la base de beaucoup de souffrances et de sentiments d’étrangeté, de perte de repère, de sentiments de dépersonnalisation, d’être différent des autres, d’isolement et d’absence d’estime de soi.

L’état dissociatif fait d’une cible une « bonne » cible. Les personnes ayant vécu des traumatismes plus tôt dans leur vie ont beaucoup plus de chances d’en vivre à nouveau. Je sais pas comment c’est possible, mais il a été montré que les agresseurs ont une sorte de « radar » qui les dirigent vers des personnes dissociées (neurones miroirs ?). Et en plus (oui, le cumul…) les personnes dissociées ont moins de chance d’être reconnues et crues par leurs interlocuteur.trices car le discours est souvent décousu (le cerveau n’a pas contextualisé), les réactions sont bizarres (tolérance anormale au danger) et la plupart du temps, la Cible a intégré le système agresseur (article 1) et va donc le défendre et l’excuser assez rapidement.

L’état dissociatif est quasi inconnu des institutions (keufs, « justice » et Co) et très peu connu des soignant.es en général.

2.3 La dissociation chez les agresseurs

En très très court : les agresseurs mettent en place des violences qui leur permettent également de se dissocier. En gros, suite à un traumatisme passé, ils miment les systèmes agresseurs dont ils ont été victimes et cela leur permet de ne pas affronter leur propre mémoire traumatique. Comme la société est sexiste, l’infériorisation des femmes/enfants leur sert de base afin de ne pas se reconnaître comme cible de violence, un statut qu’ils méprisent au plus au point.

On peut clairement ne pas être d’accord avec cette analyse. Et ça reste une explication parmi d’autre, pas LA vérité. Je trouve ça confortant dans l’idée que y a pas de « monstres » et que tout le monde peut changer. Malheureusement, la prise en charge des agresseurs est super compliqué, que ce soit dans le « milieu » ou via les institutions. Et je vois pas bien ce qui peut obliger un type à changer, surtout quand ça peut le détruire.

Mince ! il faudrait parler de la sortie de l’état dissociatif, pour expliquer ça… En gros, sortir de cet état c’est prendre toutes les souffrances et les douleurs accumulées pendant des années dans une grosse intra-veineuse, méga risque de suicide et compagnie. Pas une partie de plaisir.

Pour récapituler :

  1. Les personnes qui ont vécu des violences peuvent développer un état de stress post traumatique
  2. Cet état augmente les risques de revivre des relations toxiques/violentes
  3. Les traumatismes ne sont pas traités de façon classique par le cerveau (mémoire traumatique VS mémoire auto-biographique)
  4. Les traumatismes (ou des symptômes liés aux) vont être revécus encore et encore lorsque certains déclencheurs seront perçus
  5. Les répétitions de violences/ ou le déclenchement de souvenirs traumatiques peuvent entraîner de états de dissociation de plus en plus important → jusqu’aux troubles psy

Lorsque qu’on se reconnaît dans ces schémas, bah ça fait un peu flipper. Surtout que quand tu commences un peu à te stabiliser, à ne plus vivre dans l’urgence ou le risque, ton cerveau se dit "jackpot chouchou" c’est le moment de traiter la grosse merde coincée depuis des années dans ta mémoire traumatique, tu vas encaisser. Et là ça revient... les odeurs, les gestes, les détails oubliés ou enfouis. Les moments de d’angoisse irrationnel et les montagnes russes émotionnelles.

PAS DE PANIQUE !
- Déjà, y a des gens bien à contacter asso et/ou pro
- Ensuite, y a des petites astuces que je livrerai dans l’article 3 très bientôt - Enfin, faire face, même si c’est effrayant, il parait que ça LIBÈRE
Parce qu’on le vaut bien

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un-e administratrice/administrateur du site.

Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?
  • Votre email, facultatif (si vous souhaitez pouvoir être contacté-e par l'équipe de Iaata)

Publiez !

Comment publier sur IAATA?

IAATA est ouvert à la publication. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment y accéder et procéder ! Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous contacter.